En janvier 2026, Polytechnique Montréal, en collaboration avec McMaster University et Vélo Québec, se lançait dans un processus de recrutement d’une candidate à la maîtrise pour un projet de recherche sur 16 mois. L’objectif : documenter les impacts à long terme du programme Toutes à vélo de Vélo Québec.
Ce programme, mis sur pied par et pour les femmes, vise à initier des femmes à la pratique du vélo, autant pour le plaisir que pour les déplacements utilitaires. La plupart d’entre elles n’ont jamais appris, d’autres sont freinées par des facteurs aussi divers que complexes.
Le projet sera mené par Geneviève Boisjoly, professeure agrégée en génie civil spécialisée en transports à Polytechnique, Lea Ravensbergen, professeure adjointe à la School of Earth, Environment & Society de l’université McMaster, la chercheuse post-doctorale Joliann Morissette et l’étudiante au baccalauréat en génie civil Alice Marchessault.
Décortiquer les enjeux, construire des leviers
Le programme a suscité une participation qui a largement dépassé les attentes lors de sa création en 2021. Il faut en comprendre que l’intérêt et le besoin sont au rendez-vous.
Le nombre de participantes connaît également une augmentation chaque année, le seuil des 500 ayant étant franchi la saison passée. Il y a désormais un bassin suffisamment large pour approfondir les connaissances et tracer un portrait plus juste des éléments qui freinent les femmes dans la pratique du vélo.
« Il y a tellement de facteurs autres que la prise de risques qui influencent la pratique du vélo chez les femmes. Par exemple, les infrastructures ne sont pas nécessairement conçues pour les déplacements avec des enfants, puis les attentes sociétales envers la façon dont les femmes se présentent au travail en freinent plusieurs à commencer leur journée en passant directement du vélo au bureau. »
– Geneviève Boisjoly, professeure agrégée en génie civil spécialisée en transports, Polytechnique Montréal.
Mme Boisjoly cite également en exemple l’identité de genre, le peu ou l’absence de modèles cyclistes féminins et le niveau de connaissance technique.

Geneviève Boisjoly, professeure agrégée en génie civil spécialisée en transports, Polytechnique Montréal.
Une approche mixte pour un portrait précis
Devant la pluralité et la complexité des situations, Vélo Québec a fait appel à des expertes pour creuser davantage les différents obstacles identifiés.
Ainsi, l’étude comprendra à la fois un volet quantitatif et qualitatif. Le premier permettra d’obtenir des renseignements généraux sur les freins et les leviers dans la pratique du vélo chez les participantes, tandis que le second ira en profondeur pour nuancer les propos grâce à des groupes de discussion.
Les conclusions tirées permettront bien entendu à Vélo Québec de bonifier le programme, mais aussi d’émettre des recommandations aux villes et, ultimement, de démocratiser la pratique du vélo à travers toute la province.
Simplifier le cyclisme : des bénéfices pour toutes et tous
De nombreux avantages peuvent être tirés d’une généralisation des déplacements à vélo, à commencer par la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Les bienfaits dépassent toutefois largement le cadre environnemental, comme le rappelle Geneviève Boisjoly :
« Mon intérêt pour le projet va bien au-delà de la réduction de l’empreinte carbone. Il s’agit de construire des villes qui répondent aux besoins de toutes et de tous. De concevoir des villes plus inclusives, qui optimisent les bénéfices pour tout le monde. C’est une question d’autonomie, de santé, et même de sécurité alimentaire pour certaines personnes. »
Ce projet de recherche est un parfait exemple de collaboration où des connaissances et expertises de différents horizons se rencontrent. En croisant les perspectives de la recherche universitaire, du milieu communautaire et de l’expérience des participantes, l’initiative dépasse la simple collecte de données. Elle contribue à faire émerger des solutions ancrées dans la réalité, au service de villes plus inclusives, plus équitables et plus attentives aux besoins de celles et ceux qui les habitent.