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  Numéro 43 , janvier 2006
 
sommaire
Mot du directeur
Facile de déménager une bibliothèque, vous dites?
Cultiver l'intelligence : la nouvelle Bibliothèque de Polytechnique
Du grand nouveau : une collection culturelle
Noosphère de Jacques Payette : entrevue avec l'artiste
Un mobilier ergonomique, design, vert, québécois et pas cher!
OpenURL : ça existe, on l'a!
Poly : la plus électronique au Québec
Des livres du 19e siècle pour s'ouvrir au temps qui passe
Britney Spears et le nouveau bac
Vive la démocratie, vive les données libres : vive l'IDD!
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La Bibliothèque c'est aussi?
Noosphère de Jacques Payette : entrevue avec l'artiste

Entretien sur la genèse et l'accomplissement d'une grande oeuvre.

Ceux d'entre vous qui ont l'habitude de se promener la tête dans les nuages ont sans doute remarqué cette fresque immense, présence agreste de couleurs et d'acier, suspendue dans l'azur, au dernier étage de la Bibliothèque. Faisant face au paysage urbain que l'on aperçoit à travers la baie vitrée, cette pièce magistrale, empreinte de dualité, allie, avec délicatesse, matériaux bruts évoquant les structures nues et fines techniques artistiques depuis longtemps éprouvées. De par son caractère double, Noosphère de Jacques Payette s'inscrit donc parfaitement dans la nouvelle mission que s'est donnée la Bibliothèque, soit de réunir, en un même lieu d'apprentissage ouvert sur le monde, les activités scientifiques et culturelles.

Aussi, bien que la meilleure façon de connaître une œuvre demeure d'entrer en contact direct avec elle, nous avons pensé qu'il serait intéressant de nous entretenir de la genèse et de l'accomplissement de ce tableau avec l'artiste qui l'a réalisé. C'est donc avec plaisir que je vous livre ici les propos de Jacques Payette que j'ai recueillis avec grand intérêt le 25 octobre dernier.

GGV : Jacques Payette, bonjour et merci d'avoir accepté de vous livrer à cet exercice avec générosité.

Votre œuvre, commandée par Pierre Lassonde, a été conçue sur mesure pour la Bibliothèque de l'École Polytechnique. Qu'avez-vous désiré exprimer en réalisant Noosphère ?

JP : Lorsque Pierre (Lassonde) et monsieur Lamarre m'ont demandé de concevoir une œuvre destinée à votre institution, je me suis dit que l'École Polytechnique constituait le lieu de rencontre de diverses spécialités qui, bien qu'elles semblent abstraites quand on les considère individuellement, prennent tout leur sens lorsqu'elles sont mises en commun. C'est un peu ce qu'évoque le paysage que j'ai peint. Chacune des parties du tableau représente un motif non figuratif qui ne forme un tout cohérent et harmonieux que lorsqu'il est juxtaposé aux autres pièces. Je dirais que Noosphère est, en quelque sorte, une représentation de l'esprit humain qui tente de comprendre le monde dans lequel il vit et qui s'inspire des éléments de la nature pour créer, pour innover.

D'autre part, je trouvais fort intéressant que cette œuvre, dont les cases d'acier rappellent le rayonnage sur lequel sont disposés les livres, se retrouve dans une bibliothèque, un lieu où l'ensemble des connaissances de l'être humain se trouve cristallisé.

GGV : Concrètement, qu'est-ce qui vous a inspiré la création de cette œuvre ?

JP : Le paysage représenté sur la toile évoque un coin pittoresque que j'ai vu en Corse, au cours d'un voyage que nous avons effectué, ma femme et moi, avec Pierre. En fait, ce paysage n'existe pas tel que je l'ai peint. Il s'agit plutôt de fragments de paysages que j'ai observés et qui m'ont intéressé.

GGV : Est-ce que l'on pourrait dire que c'est votre interprétation d'un ou de plusieurs paysages qui vous ont ému ?

JP : En quelque sorte, oui. En fait, lorsque Pierre a vu ce tableau et que je lui ai dit ce qui me l'avait inspiré, il m'a demandé si j'étais certain que nous avions fait le même voyage. (Rires)

GGV : Techniquement, comment vous y êtes-vous pris pour réaliser cette œuvre ?

JP : J'ai d'abord conçu une maquette afin d'avoir un portrait global miniaturisé de l'œuvre achevée.

Ensuite, j'ai choisi cinq toiles de huit pieds et demi de hauteur que j'ai placées côte à côte. J'ai divisé l'espace disponible sur chacune d'elles en plusieurs cases d'égales dimensions au moyen d'un ruban-cache d'un pouce et demi de largeur et j'ai peint le tableau sur toute la surface, incluant le ruban-cache, ce qui crée l'effet de continuité dans le paysage même si l'œuvre est morcelée. Quand le tableau a été achevé, j'ai découpé chacune des 318 pièces, je les ai numérotées et je les ai montées sur du contreplaqué russe.

GGV : Avez-vous été confronté à des difficultés particulières ?

JP : Une des principales difficultés à laquelle j'ai dû faire face était liée à l'uniformité de la couleur. Étant donné que je travaille avec l'encaustique, je dois créer mes couleurs manuellement en faisant un mélange composé de cire d'abeille, de térébenthine, de microcristalline et de pigments. Or, comme je tenais à ce que les coloris utilisés pour faire le ciel soient les mêmes sur les cinq toiles, j'ai dû faire une très grande quantité de mélange d'un seul coup, ce qui n'est pas évident avec les substances qui entrent dans sa composition.

GGV : Combien de temps cela vous a-t-il pris pour réaliser votre tableau ?

JP : La réalisation du tableau comme telle a nécessité environ six à sept semaines de travail, mais la supervision, de la conception de l'œuvre à son installation, s'est étendue sur près de cinq mois.

GGV : Avez-vous eu la chance de voir l'œuvre en entier avant le montage ?

JP : Non. Comme vous, je n'ai vu le résultat final qu'à l'installation et je dois dire qu'il était exactement fidèle à mes attentes. D'un côté, j'étais satisfait de voir que le tableau correspondait à la vision que j'en avais, mais de l'autre, je n'ai pas ressenti l'enthousiasme que peut susciter l'effet de surprise.

GGV : Avez-vous dénombré la quantité de matériel requis pour la réalisation de l'œuvre ?

JP : Je n'ai pas fait le compte de tout ce que j'ai utilisé comme matériel, mais je peux vous dire que la réalisation de ce tableau a nécessité environ 400 livres de cire.

GGV : Avez-vous participé à la coordination du montage ?

JP : Oui, j'ai pris part à l'assemblage, qui s'est étalé sur trois jours. D'un point de vue logistique, disons que le transport de l'œuvre n'a pas été une mince affaire. Pendant une journée entière, deux camions de vingt pieds ont fait l'aller-retour de mon atelier à la Bibliothèque pour transporter, en plus des 318 tableaux, les soixante et une colonnes d'acier pesant chacune 154 livres.

Aussi, comme chaque partie du tableau était numérotée et que j'avais en main une photo de l'œuvre me permettant de savoir dans quel sens allait chacune des pièces, le montage s'est plutôt bien déroulé.

En fait, je dois dire que ma plus grande crainte était qu'à la fin de l'exercice, on réalise qu'il manque un morceau ou, pire encore, qu'on se retrouve avec un morceau de trop. (Rires)

GGV : Y a-t-il des contraintes techniques, liées à la structure du bâtiment, que vous avez dû considérer en prévision de l'installation de cette œuvre de quatre tonnes ?

JP : Nous avons effectivement dû prévoir le coup en concevant un système d'accrochage capable de supporter tout ce poids. L'École a d'ailleurs participé à l'élaboration de ce système.

D'un autre côté, j'ai été assez chanceux, car le mur sur lequel j'ai choisi d'installer l'œuvre est celui qui sépare la Bibliothèque de la salle des machines. Comme ce mur est insonorisé, il était donc, à la base, plus solide que les autres.

GGV : Jacques Payette, merci infiniment.

JP : Ça m'a fait plaisir.

Geneviève Gamache-Vaillancourt

Noossphère de Jacques Payette

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