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COVID-19 : les professeurs en transport et en mobilité durables de Polytechnique se préparent au déconfinement

1 mai 2020 - Source : NOUVELLES

Alors que le gouvernement québécois dévoile son plan de déconfinement, les professeures et les professeurs spécialisés en transport et en mobilité durables du Département des génies civil, géologique et des mines de Polytechnique, tous associés à la Chaire Mobilité, profitent de l’occasion pour démarrer une série de projets. Certains d’entre eux proposent aussi des aménagements pour favoriser les transports actifs, le tout, en respectant les règles de distanciation physique.

(Photo : Depositphotos)

(Photo : Depositphotos)


Mesurer l’impact sur les déplacements quotidiens

L’équipe de la professeure titulaire Catherine Morency, qui est titulaire de la Chaire Mobilité, a lancé le 28 avril dernier une grande enquête sous forme de sondage pour mesurer l’impact de l’expérience du confinement sur les habitudes de vie et de déplacement des Québécois.

« On veut entre autres savoir comment les personnes pensent que leurs habitudes auront changé une fois le confinement terminé », explique Catherine Morency. La chercheuse s’attend entre autres à ce que le recours accru au commerce électronique et au télétravail bouscule les habitudes de vie.

« On remarque aussi que certaines personnes prennent maintenant des marches pour le plaisir, et qu’elles pourraient avoir changé leur perception de la marche et des modes actifs en général, mais rien de tout ça n’a encore été mesuré », ajoute-t-elle.

La professeure Morency invite aussi les décideurs à revoir la planification des déplacements de citoyens dans les grands centres urbains, particulièrement ceux qui impliquent les transports en commun en ces temps de distanciation physique.

« Il faudra gérer le flux des passagers de façon à réduire les pointes dans le transport en commun et distribuer la demande. On n’a pas le choix. Et cela permettra justement de mieux utiliser nos infrastructures collectives et d’en optimiser l’usage. »
 

Catherine Morency, professeure titulaire et titulaire de la Chaire Mobilité au Département des génies civil, géologique et des mines. (Photo : Caroline Perron photographies)

Catherine Morency, professeure titulaire et titulaire de la Chaire Mobilité au Département des génies civil, géologique et des mines. (Photo : Caroline Perron photographies)


Considérer la psychologie dans les déplacements

De son côté, le professeur agrégé Owen Waygood s’intéresse à l’impact de la pandémie de la COVID-19 sur les interactions sociales et le bien-être des gens. Il prépare un sondage en ce sens en collaboration, avec sa collègue Geneviève Boisjoly et d’autres chercheurs montréalais.

« Les êtres humains sont des animaux sociaux qui ont besoin d’interactions directes pour leur bien-être », souligne-t-il, « mais avec le confinement, on a tous changé notre façon d’interagir avec nos amis, nos collègues et nos voisins. »

Le chercheur veut entre autres savoir si le recours aux outils de communication virtuels est là pour durer et s'il répond aux besoins des gens. Il souhaite aussi mesurer l’impact de l’absence d’interactions sociales directes sur le bien-être des individus.

Owen Waygood s’intéresse aussi aux facteurs qui influencent le déplacement des gens en cette période de pandémie. « On nous demande de rester à la maison, mais il faut aussi sortir pour faire de l’activité physique », souligne-t-il. « Pour certaines personnes, le fait de croiser des gens amène du bonheur, mais pour d’autres ça peut être très stressant. »
 

Owen Waygood, professeur agrégé au Département des génies civil, géologique et des mines.

Owen Waygood, professeur agrégé au Département des génies civil, géologique et des mines.


Jauger l’impact de l’aménagement du territoire sur le bien-être

La professeure adjointe Geneviève Boisjoly entend utiliser les données du sondage mené en collaboration avec Owen Waygood pour s’attarder plus spécifiquement à l’impact de l’aménagement du territoire sur l’état de santé mentale et physique de celles et ceux qui l’occupent, en considérant notamment des facteurs socio-économiques.

« Une personne qui habite un logement étroit près de l’autoroute aura probablement vécu différemment la crise comparativement à une personne qui habite dans un quartier doté d’arbres et d’espaces verts et qui profite d’un balcon ou d’une cour arrière, par exemple », dit-elle. « On pense aussi que la présence de parcs et d’infrastructures piétonnes et cyclables de qualité près du domicile aura un impact positif sur la santé physique et mentale. »

La chercheuse a pour objectif d’aider les municipalités à aménager leur territoire dans un souci d’équité sociale. L’accès aux services dans un rayon de 1,5 kilomètre est donc aussi à considérer, selon elle, dans la longue liste des facteurs susceptibles de contribuer au bien-être des individus.

« Dans le contexte de la pandémie, c’est extrêmement important d’avoir des services de proximité, lorsqu’on n’a pas de voiture, pour éviter d’avoir à utiliser les transports en commun », ajoute la professeure Boisjoly.
 

Geneviève Boisjoly, professeure adjointe au Département des génies civil, géologique et des mines.

Geneviève Boisjoly, professeure adjointe au Département des génies civil, géologique et des mines.


Créer des réseaux pour les piétons et cyclistes

Le professeur titulaire Nicolas Saunier espère de son côté qu’on profitera de la période estivale pour tester une série d’aménagements afin de favoriser les déplacements à pied et à vélo dans la ville. En compagnie d’Owen Waygood, il a cosigné une lettre ouverte en ce sens le 15 avril dernier.

« Avec la diminution du trafic automobile, il y a une opportunité en or qui se présente pour favoriser le transport actif », dit Nicolas Saunier. « Reste maintenant à voir comment on peut modifier et élargir les aménagements pour respecter les 2 mètres de distance et répondre à la demande. »

Selon le professeur Saunier, les décideurs devront avant tout créer des réseaux afin d’éviter que les piétons ou les cyclistes ne se regroupent à des points particuliers. Entre autres possibilités, le chercheur propose de fermer aux voitures les routes dans le parc du mont Royal de façon à donner le maximum de place aux marcheurs et aux cyclistes. « Une solution similaire a été adoptée au parc Stanley à Vancouver », précise-t-il.
 

Nicolas Saunier, professeur titulaire au Département des génies civil, géologique et des mines. (Photo : Caroline Perron photographies)

Nicolas Saunier, professeur titulaire au Département des génies civil, géologique et des mines. (Photo : Caroline Perron photographies)


Modéliser la propagation du SARS-CoV-2

Le professeur adjoint Francesco Ciari songe de son côté à créer un outil pour simuler comment le virus se propagera à nouveau au cours des prochains mois et années, soit d’ici la création d’un vaccin.

Le chercheur étudie en temps normal la mobilité en suivant chaque individu à la trace, de façon à créer un portrait global des transits à un endroit donné. En utilisant la même approche pour estimer le nombre d’interactions entre les individus, puis en y intégrant les données sur la propagation du virus lui-même, il pense développer un outil capable d’assister les décideurs en vue d’un retour à la normale.

« Un outil comme celui-ci nous permettrait de mesurer l’impact de différents scénarios de déconfinement sur la propagation du virus », dit le professeur Ciari. « Chaque décision compte, que ce soit la réouverture des écoles primaires ou celle des écoles secondaires, des cégeps ou des universités, par exemple. »

Des collègues de Francesco Ciari postés à Berlin auraient déjà amorcé des travaux du genre, souligne le chercheur.
 

Francesco Ciari, professeur adjoint au Département des génies civil, géologique et des mines.

Francesco Ciari, professeur adjoint au Département des génies civil, géologique et des mines.


En savoir plus

Fiche d’expertise de la professeure Catherine Morency
Fiche d’expertise du professeur Owen Waygood
Fiche d’expertise de la professeure Geneviève Boisjoly
Fiche d’expertise du professeur Nicolas Saunier
Fiche d’expertise du professeur Francesco Ciari
Site de la Chaire Mobilité
Site du Département des génies civil, géologique et des mines

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