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  Numéro 45 , février 2007
 
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Une entrevue avec Thomas Desseaux
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Une entrevue avec Thomas Desseaux

Rencontrez notre nouvel artiste-photographe qui expose présentement ses oeuvres à la Bibliothèque sous le thème « Connaissez-vous Montréal? ».

Connaissez-vous vraiment Montréal? Voyez-vous encore ses richesses, sa diversité ou encore ses contrastes? Thomas Desseaux, un jeune photographe amateur français venant de la Côte d'Opale, dans le nord de la France, a décidé de profiter de ses yeux de « jeune québécois » pour nous faire découvrir, ou redécouvrir, diverses facettes de notre grande métropole sous un angle inédit. À Montréal depuis deux ans pour étudier le génie nucléaire à la Polytechnique de Montréal, ce photographe amateur nous amène en balade à travers la ville.

B.S. Quel lien faites-vous entre le génie nucléaire et la photographie?

T.D. Je vois essentiellement deux liens. Le premier est historique : la découverte de la radioactivité et les débuts de la photographie sont liés : ainsi Henry Becquerel exposa par hasard des plaques photographiques en les laissant négligemment traîner à côté de matériaux radioactifs. Il eut le trait de génie qu'ont tous ces découvreurs en transformant une manipulation ratée en découverte d'envergure : l'émission de rayonnements invisibles, non induits par une excitation externe (radioactivité gamma). Aujourd'hui encore, les dosimètres portés en milieux nucléaires pour suivre l'exposition à moyen terme des agents (mois par mois) utilisent des films photographiques.

Le second lien est plus large : celui qui réunit photographie et physique. Mes deux années à Polyphoto m'ont prouvé que les physiciens étaient souvent d'excellents photographes car ils avaient la curiosité scientifique éveillée aux principaux phénomènes de la photographie : l'optique et la chimie notamment.

B.S. Qu'est-ce qui vous a attiré vers la photographie?

T.D. Lorsque j'ai reçu mon premier appareil reflex il y a 11 ans, j'étais surtout fasciné par cette faculté de capturer ce que je voyais autour de moi. Étant très visuel, la photographie est un excellent moyen pour moi de me souvenir et d'expliquer une émotion, une idée, une pensée. C'est ainsi que, par la suite, cette fascination s'est transformée en credo : photographier c'est partager.

B.S. Pourquoi avez-vous choisi de photographier Montréal et ses environs? Qu'est-ce qui vous a inspiré?

T.D. Encore une fois, il y avait plusieurs raisons à cela. Français, j'ai eu la chance unique de vivre une expatriation suffisamment longue pour apprendre à connaître Montréal… mais comment la faire connaître? On retrouve ici la volonté de partage évoquée précédemment. D'autre part, la richesse d'une ville comme Montréal, sa diversité aussi bien culturelle que physique (lieux, lumières, sujets), en faisait le sujet rêvé. Je suis d'ailleurs persuadé de n'avoir couvert qu'une infime partie du potentiel photogénique de cette ville : chaque angle de rue est propice à l'étonnement, pourvu que l'on ouvre les yeux.

B.S. Sur quels critères avez-vous fait votre sélection en vue de l'exposition en cours?

T.D. Le choix fut difficile car je voulais donner une unité au regard proposé. Ces photos ont été prises au fur et à mesure de mon expatriation sans avoir l'objectif de les exposer un jour toutes ensemble. Le lien n'était donc pas, à priori, évident. Et pourtant chacune d'elle s'est imposée presque naturellement, une fois les grandes lignes traçant le cadre de l'expo définies… Ainsi ai-je rassemblé dix photos situées à des endroits bien spécifiques de l'île (Rue Sainte-Catherine, Mont-Royal, Poly, le port de commerce, l'île Sainte-Hélène…), alternant entre bâtiments et personnages, vie. Un fil rouge? Mon vélo, acteur de deux des photos et support de bien des déplacements…

B.S. Quel est votre coup de cœur parmi les photographies que vous avez prises au Québec?

T.D. De loin, c'est la photo que j'ai intitulée « Rapport d'échelle ». À mon avis, aucune autre de mes photos ne symbolise mieux ce qu'est Montréal : un contraste permanent. Pour l'anecdote : je n'avais simplement remarqué que le reflet du logo dans la vitre  de l'église au départ. La répétition des arches du M dans les colonnades de la façade ne s'est révélée qu'au développement. L'opposition entre richesse et pauvreté (par la présence du robineux se protégeant du froid) n'est apparue, enfin, qu'en tout dernier…c'est dire si l'on ouvre si peu les yeux sur la pauvreté, même lorsqu'elle est en face de soi. Et puis j'ai eu un rapport presque physique avec cette photo car elle est née d'un instant sur le déclencheur et d'heures passées en chambre noire. Délicate à agrandir de la pellicule au papier photo, il a fallu lutter contre le contraste trop important de la neige face à la pierre noircie. Il a également fallu rechercher le maximum de tons de gris dans ces pierres, pour en révéler tous les détails de la rugosité… un travail de longue haleine.

B.S. En général, comment choisissez-vous vos sujets?

T.D. J'aime particulièrement les sujets complexes et tourmentés. A l'opposé de la photo de touriste, je ne cherche pas à montrer pour montrer, mais pour témoigner.

B.S. Quels sont vos sujets de prédilection?

T.D. Je ne peux nier une certaine influence des photographies humanistes, pour lesquelles j'ai une admiration sans borne. Le choix du support n'y est d'ailleurs pas étranger : le noir et blanc dépouille le sujet de ses attraits clinquants. Il m'offre également beaucoup de liberté car il me permet de maîtriser la chaîne photographique du début à la fin (de la prise de vue à la photo papier finale). Mais il me contraint aussi à penser chaque déclenchement, à veiller à tous les détails. Mes sujets sont donc souvent ceux qui s'accorderont avec ces atouts et contraintes : je pense la photo dans sa globalité lorsque je déclenche…d'ailleurs je recadre très peu.

B.S. Selon vous, quelles sont les qualités d'un bon photographe?

T.D. Je n'ai pas la prétention de dire ce qu'est un bon ou un mauvais photographe en termes de style…car cela est affaire de goût. Mais en termes de démarche, je crois qu'un bon photographe est quelqu'un qui a une approche spécifique de ce sens qu'est la vision. Ainsi être photographe c'est être ouvert aux jeux d'ombres et de lumières, c'est remarquer ces détails que chacun oublie et c'est toujours chercher l'angle de vue qui mettra chaque objet, aussi anodin soit-il, en valeur. L'essentiel est que ces trois caractéristiques ne jouent pas sur le comportement du photographe uniquement lorsqu'il a un appareil dans les mains, elles modèlent sa vision du monde en permanence.

B.S. Quels sont vos projets futurs?

T.D. Mon retour en France marque la fin de cette vie étudiante que tant de personnes autour de moi ont contribué à rendre riche et passionnante. Pour réussir ce virage, je vais me baser sur ce qu'ils m'ont appris (sens du partage, don de soi) et le mettre au service de ceux que je rencontrerai. Professionnellement je m'engage dans la voie de l'énergie, défi du 21ème siècle. Côté photo, j'ai récupéré un vieil agrandisseur noir et blanc et je compte bien continuer à défendre âprement la photographie argentique de la plus simple des manières qui soit: en y travaillant encore et toujours.

B.S. Thomas Desseaux, Merci.

T.D. Ça m'a fait plaisir.

Barbara Sandrzyk

Issn

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© École Polytechnique de Montréal              Modifié le: 09-02-2011