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  Numéro 44 , octobre 2006
 
sommaire
Mot du directeur
Mesures de compression budgétaire
Austérité, quand tu nous guettes
Perspectives de travail 2006-2007
Pirate malgré vous?
Poly a du style : suivez le guide (prise 2)!
Des craques dans le béton aux sacs à main !
Entrevue avec Joël Bédard
Entrevue avec François Busque
Histoire d'une petite boîte
Poussée de croissance au PEB
chroniques
Nouvelles
Échos de la boîte à suggestions
La Bibliothèque c'est aussi...
Entrevue avec François Busque

Découvrez l'artiste-photographe derrière les photos actuellement exposées.

Il y a des images convenues et prévisibles que notre regard balaie avec indifférence, puis il y a celles qui nous interpellent et nous habitent encore lorsque nous ne les regardons plus. En me promenant parmi les photos de François Busque, étudiant au doctorat en génie physique, j'ai eu le bonheur de constater que ces dernières font partie de la seconde catégorie. L'émotion qui en émane m'a donné envie de rencontrer ce photographe talentueux afin de poser, à mon tour, un regard sur celui qui sait si bien immortaliser le regard des autres.

GGV : Vous exposez actuellement, à la Bibliothèque, des photos prises au cours d'un voyage effectué en Chine et en Inde à l'été 2004. Est-il indiscret de vous demander si vous avez fait ce voyage pour des raisons professionnelles ou personnelles?

FB : C'était une initiative personnelle. J'avais depuis longtemps l'idée de faire un tel voyage; non pas un voyage organisé, mais plutôt une expérience qui me permettrait de prendre le temps d'explorer les pays que je voulais visiter et de connaître les gens et leur culture, de l'intérieur. À vrai dire, en 2003, ma conjointe et moi devions aller faire un safari-photo au Kenya, mais finalement, nous avons changé d'idée, car ce type de projet ne correspondait pas vraiment à ce que je souhaitais faire. Je n'avais pas envie d'aller simplement profiter de l'exotisme des paysages sans participer à la vie telle qu'elle y est vécue. Nous avons donc remis notre voyage à l'été suivant, et nous avons choisi de mettre le cap sur l'Orient. Nous sommes restés sept semaines en Chine et en Inde; sept semaines au cours desquelles nous avons pris notre temps pour visiter, découvrir et rencontrer des gens en suivant un itinéraire très ouvert. Nos journées n'étaient pas régies par un horaire, ce qui laissait place à la spontanéité et à la découverte. Ce fut une très belle aventure.

GGV : Au cours de votre voyage, vous avez dû prendre de nombreuses photos. Comment avez-vous sélectionné celles que vous avez choisi d'exposer?

FB : C'est vrai que j'ai pris beaucoup de photos. Juste avant mon départ, j'ai acheté un appareil numérique réflex dans le but de l'utiliser de façon professionnelle, notamment pour faire des reportages photo destinés à des magazines comme Les Débrouillards, par exemple. À mon retour, j'avais une trentaine de gigaoctets de photos prises en format brut. Évidemment, je ne les ai pas toutes imprimées, mais j'en ai sélectionné quelques-unes, les meilleures selon mon classement. Je dirais donc que mon choix a été motivé par mes préférences et non par le désir de regrouper mes photos selon une thématique particulière.

GGV : Selon vous, qu'est-ce qu'une photo réussie?

FB : Pour qu'une photo soit réussie, elle doit bien sûr respecter certains critères techniques, mais elle doit avant tout ne pas laisser l'observateur indifférent. Elle doit venir le chercher, susciter la réflexion ou même provoquer une réaction.

GGV : Parmi les photos que vous avez exposées, quel est votre coup de coeur?

FB : Je trouve celle représentant un groupe de jeunes défavorisés devant l'opulent Taj Mahal particulièrement intéressante, car elle témoigne clairement du contraste entre pauvreté et richesse. D'ailleurs, pour arriver à l'endroit où je me trouvais, j'ai dû traverser un bidonville dans lequel vivaient des centaines d'enfants pauvres. Je me rappelle m'être dit, à ce moment-là, que la valeur du matériel photo que je portais était probablement supérieure à celle du revenu annuel des habitants de ce quartier pauvre d'Agra. Disons que ce genre de prise de conscience fait en sorte que l'on a envie de remettre bien des choses en question...

GGV : Qu'est-ce qui distingue un bon photographe d'un photographe quelconque?

FB : Je dirais qu'un bon photographe est toujours à la recherche de la perfection et que son travail reflète l'équilibre entre la qualité technique et le sens artistique. Par contre, certains photographes qui ne sont pas très forts techniquement ont vraiment du talent, car ils arrivent à véhiculer leur message avec une image, parfois empreinte d'ironie, qui représente leur point de vue. Pour moi, la personne qui accomplit pareil exploit est un artiste.

GGV : Vous faites de la photographie depuis une quinzaine d'années. Comment vous êtes-vous intéressé à cet art?

FB : Je dois dire que la photographie m'a toujours attiré. Au début du secondaire, j'ai reçu un appareil en cadeau et j'ai décidé de suivre un cours parascolaire pour apprendre les rudiments de la photo. C'est à ce moment que j'ai eu la piqûre. Comme je voulais pouvoir faire le tirage de mes photos moi-même, je me suis acheté un agrandisseur et j'ai installé une chambre noire et un mini-studio à la maison. À cette époque, tous mes revenus, tirés du gardiennage, étaient investis dans cette passion. (Rires)

GGV : Diriez-vous que la photographie vous passionne toujours autant?

FB : Tout à fait. Pour être franc, si j'ai choisi d'étudier en génie physique, c'était dans le but de travailler à la conception d'appareils photo ou d'appareils destinés à l'imagerie. C'est un projet que je caresse toujours et que j'aimerais concrétiser lorsque j'aurai terminé mon doctorat. De cette façon, il me serait possible d'allier mes deux intérêts. Je pourrais perfectionner la technologie existante en photographie et profiter de ces améliorations en faisant de la photo dans mes temps libres. (Rires)

GGV : Quels sont vos sujets de prédilection?

FB : Comme en témoignent les photos que j'ai exposées, ce sont les gens que je préfère photographier. Certains visages ou certains moments de la vie quotidienne mettant en scène des êtres inattendus ont su m'inspirer et m'émouvoir au cours de mes voyages. Ce sont donc ces émotions, ces moments de grâce furtifs que j'essaie de transmettre dans les images que je crée.

GGV : En plus de donner des cours à Polyphoto, vous faites de la photographie professionnelle, notamment pour des mariages. Pensez-vous qu'il est possible de donner une dimension artistique à ce genre de photos plutôt traditionnelles? Les gens semblent-ils ouverts à l'innovation?

FB : Oui, il est possible de donner une autre vision ou plutôt une autre couleur à ce genre d'événement solennel. C'est vrai que la plupart du temps, lorsqu'on regarde un album souvenir de mariage, on voit les mêmes images : un gros plan des mains des nouveaux mariés qui tranchent le gâteau de noce, la première danse, le souper en famille... Personnellement, ce style de photos très posées, très classiques ne m'intéresse pas. À titre de photographe responsable d'immortaliser un événement unique, ce que je veux, c'est raconter en images l'histoire du mariage, celle qui sera transmise par des émotions brutes, qu'elles soient bonnes ou moins bonnes. Pour y arriver, j'essaie de saisir, à différents moments de la journée, des micro-événements à l'intérieur de l'événement lui-même : regards complices, inquiétude furtive et même petites bévues qui rendent unique l'histoire vécue et les souvenirs qui y sont associés.

GGV : Dans les milieux scientifiques, l'art est souvent considéré comme un délassement, une façon de se reposer les neurones. Que pensez-vous de ce genre d'affirmation? Pour vous, est-ce que l'art est quelque chose de sérieux?

FB : Personnellement, je considère que l'art est un mode d'expression sérieux et important dans lequel je me sens limité. Pour que les images que j'immortalise aient de la valeur à mes yeux, elles doivent comporter une dimension artistique et pour que cette dimension atteigne le niveau de qualité professionnelle que je souhaite obtenir, je dois travailler fort. C'est vrai que l'art comprend un aspect de détente et d'évasion, mais pour moi, cet aspect est très secondaire. Plus globalement, je pense que l'importance de l'art passe par la culture en ce sens que cette dernière peut permettre à chacun d'entre nous d'ouvrir ses horizons, de connaître de nouvelles langues, d'aller vers les autres, et, ainsi, de devenir des êtres plus complets.

GGV : François Busque, merci.

FB : Ça m'a fait plaisir.

Geneviève Gamache-Vaillancourt

photo de François Busque© François Busque

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