index des volumes et numéros courriel de la bibliothèque Site Web de la bibliothèque Page d'accueil Portail Poly
  Numéro 42 , mai 2005
 
sommaire
Mot du directeur
On l'a vue!
Nouveaux abonnements
À bas les frais de PEB!
Chronique juridique!
Grand ménage dans les collections
Ayoye! Mon livre est en commande!
Géologie : comme la prunelle de nos yeux!
La recherche sujet : on remonte dans le temps
Les capacités d'analyse de Web of Science au banc d'essai
Le catalogue traité au « Clearasil »!
La Bibliothèque et le projet de formation du baccalauréat
Si j'avais su...
chroniques
Nouvelles
Échos de la boîte à suggestions
La bibliothèque c'est aussi...
Si j'avais su…

Témoignage d'une ancienne étudiante en bibliothéconomie concernant l'importance du développement des compétences informationnelles.

La Bibliothèque offre une formation aux étudiants de quatrième année du baccalauréat en génie chimique depuis trois ans. Oh! bien peu de choses : deux heures d'atelier liées à un projet de conception. Chaque fois, le même commentaire revient dans les formulaires d'évaluation : si j'avais su…

Nous sommes à l'hiver 2005, et je viens de lire encore une variante de ce commentaire. Soupir , pourtant ces étudiants ont suivi quatre heures de formation documentaire en première année de bac… Alors que s'est-il passé?

Puis, je repense à l'hiver 1982. Je suis finissante, quatrième année du bac en agronomie. Dans le cadre du projet de fin d'études obligatoire, on nous a réunis en petits groupes pour une session à la Bibliothèque. Je me rappelle précisément cette séance : un chariot, quelques exercices, une animatrice dynamique et attentive, le monde qui s'agrandit subitement. Quoi? Les belles reliures dans la salle où nous faisions nos devoirs contenaient des réponses à nos questions? Auraient-elles pu nous aider à faire nos travaux? On peut trouver des articles par sujets en consultant des index? On peut remonter la chaîne des citations avec Science Citation Index et trouver qui cite qui?

Si j'avais su! La bibliothèque faisait pourtant partie de mon quotidien d'étudiante. On s'y rendait en groupe, ou entre deux cours, pour faire nos exercices et nos travaux ou pour étudier. En plus, je me trouvais quand même « pas si pire » avec cet outil. À tout le moins, je pouvais trouver un livre sur un sujet : lorsque les explications du prof ou des copains ne m'éclairaient pas, j'écoutais cette « voix du silence » qui me parlait d'un autre pupitre, d'un autre angle. Je comprenais, le monde se refaisait avec plus de sens. Et puis nous avions quand même fait une visite en première année : là le catalogue, là les cartes, là l'assistance et bonjour… Alors, oui, les bibliothèques, je pensais connaître.

Si j'avais su! Mais j'avais un horaire chargé, trente à trente-deux heures de cours et labos, sans parler de l'association étudiante et du travail à temps partiel et du comité sur l'agriculture « biologique » parce qu'il fallait bien faire rire de nous… Nos cours comprenaient des exercices, des laboratoires, quelques travaux de recherche, mais bien peu, faits à partir des manuels recommandés par le professeur.

Si j'avais su! Mais de toute façon, le monde connu était dans la tête de nos professeurs et chargés de cours. Eux savaient et connaissaient ce qu'il fallait faire pour devenir un professionnel. Sauf pour la communication : c'était l'équipe d'animateurs du service d'éducation permanente de la faculté qui donnait le cours de trois crédits sur la communication en équipe et la dynamique de groupe. C'était important pour un professionnel comme l'agronome qui doit vulgariser l'information scientifique et être un agent de changement dans son milieu, même si sur le coup, on ne voyait pas trop bien ce qu'on allait faire là, on savait tenir des réunions, quand même! Et la psychologie, c'est un peu embêtant quand on est en sciences « pures et appliquées »!

Cette dernière réflexion me ramène en 2005 et à la prochaine réunion d'équipe dont je dois terminer l'ordre du jour. Finalement je n'ai pas suivi la voie professionnelle agronomique, même si communication et information sont toujours au cœur de ma profession actuelle de bibliothécaire. Et les notions du cours de communication me sont toujours utiles pour comprendre et animer l'équipe de travail dont je suis responsable.

Si j'avais su en 2005…

Les étudiants de quatrième année qui nous demandent d'intervenir plus tôt ont raison. Ils sont motivés et voient l'importance de l'apport d'une information de qualité et à jour dans leur travail. Les étudiants de première année n'ont pas encore développé cette motivation. Et ils ne sont pas plus outillés que je l'étais( CREPUQ 2003 ), du moins en ce qui concerne les compétences méthodologiques et informationnelles. À cette différence près qu'ils disposent maintenant d'une énorme bouée de sauvetage, du nom de Google. Bouée parfois plus encombrante qu'autre chose selon moi. Et qui ne peut remplacer une tête qui a appris à penser.

Par ailleurs, jusqu'à tout récemment, la plupart des cours dans les programmes « professionnalisants » comme le génie étaient axés sur des contenus « fermés » : on apprend de la matière, on fait des exercices, on maîtrise des concepts, on répond à des questions d'examens, on n'a pas à faire appel à des informations externes dans le cadre des travaux.

Si une recherche d'information est requise, il est rare que la démarche de recherche comme telle, ou encore les sources et leur diversité soient évaluées par les correcteurs. Au mieux, on évaluera si les sources sont citées selon un style de citation cohérent, ou si elles sont citées tout court.

Par ailleurs, les étudiants de Polytechnique sont débrouillards et persévérants, c'est bien connu. Ils n'hésitent pas à prendre contact avec des industriels, à téléphoner, à se déplacer ou à passer des heures à éplucher les résultats obtenus avec Google. Toutefois, cette méthode fonctionne moins bien dans un milieu de travail : on ne va pas visiter l'usine de son concurrent pour se documenter sur la situation de son secteur industriel en général! Il existe des sources d'information écrites qui, si elles sont ignorées, peuvent coûter cher : le domaine des brevets et de la propriété intellectuelle nous fournissent régulièrement de beaux cas à cet effet.

Enfin, les étudiants ont aussi, plus que jamais, des horaires chargés et des exigences de performance; alors, comment les motiver à appliquer les compétences informationnelles : définir un sujet, faire preuve d'esprit critique dans la sélection des sources, les utiliser et les citer éthiquement? L'intégration progressive et évaluée des compétences au programme est, selon mon expérience et beaucoup d'experts du domaine, la clé de voûte de la maîtrise de ces compétences.

C'est ce qui est en train de se passer à la faculté où j'ai obtenu mon baccalauréat il y a 23 ans. On vient tout juste d'implanter, en collaboration avec la bibliothèque, un programme de formation aux compétences informationnelles, échelonné sur quatre ans!

J'espère sincèrement que nous pourrons profiter du vent de changement du projet de formation pour faire en sorte que les étudiants de Polytechnique n'aient plus à dire « Si j'avais su… ». Du moins, en ce qui concerne les compétences informationnelles!

Marie-Hélène Dupuis

Bibliographie

Valid XHTML 1.0!

 



Cet article est diffusé par la Bibliothèque de l'École Polytechnique de Montréal.

Issn  


© École Polytechnique de Montréal              Modifié le: 09-02-2011