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Les professeurs Foutse Khomh et Gunes Karabulut Kurt élus Fellows de l'Académie canadienne du génie

Le professeur Foutse Khomh et la professeure Gunes Karabulut Kurt.
L'un bâtit les outils qui rendent l'intelligence artificielle digne de confiance, l'autre conçoit des systèmes de communication capables de relier la Terre depuis l'orbite. Des domaines complètement différents, et pourtant, au cœur de leur recherche, le même questionnement fondamental : à quoi sert la technologie si elle n'est pas au service de tous?
Foutse Khomh, professeur au Département de génie informatique et génie logiciel, et Gunes Karabulut Kurt, professeure au Département de génie électrique, reçoivent aujourd'hui une même distinction : l'élection au rang de Fellow de l'Académie canadienne du génie (ACG), l'une des plus hautes distinctions de la profession au pays. Fondée en 1987 et forte de plus de 750 membres élus par leurs pairs, l'ACG ne récompense pas un travail isolé, mais une trajectoire d'impact : sur la profession, sur l'industrie, sur la société.
Rendre l'intelligence artificielle digne de confiance
Comment s'assurer qu'un système d'intelligence artificielle fait vraiment ce qu'on lui demande, sans erreur silencieuse ni biais caché? Des technologies de reconnaissance faciale identifient de manière disproportionnée les personnes selon leur origine ou leur genre. Des modèles médicaux entraînés sur des données biaisées reproduisent les inégalités qu'ils étaient censés corriger. À mesure que les systèmes d’IA gagnent en autonomie et prennent part à des décisions critiques, la question de leur fiabilité devient centrale. C'est précisément ce type de problème que le Pr Foutse Khomh cherche à prévenir, en développant des outils capables de tester l'équité, la fiabilité et la conformité des systèmes d'IA tout au long de leur cycle de vie.
Directeur de la recherche et de l'innovation de Polytechnique Montréal, codirecteur scientifique d'IVADO et titulaire de trois chaires de recherche dont une Chaire de recherche du Canada de niveau 1, il a construit une suite d'outils rendus gratuitement disponibles par VerifIA, l'organisme sans but lucratif qu'il a cofondé. Un récent classement mondial d'Elsevier le place au quatrième rang des chercheurs en génie logiciel les plus influents sur la planète, et au premier rang au Canada.
Dans ses travaux récents sur la fiabilité des systèmes d’IA agentiques, capables de raisonner, planifier et agir de manière autonome, le Pr Khomh a proposé de nouvelles méthodologies pour tester et valider ces systèmes, en mettant l’accent sur leur robustesse comportementale dans des conditions opérationnelles variées. Ces approches permettent notamment de mieux repérer les erreurs de raisonnement et de renforcer l’alignement des agents avec les intentions humaines et les exigences de sécurité. Déjà deux brevets ont été déposés.
Les résultats mesurables de ses projets ne manquent pas : par exemple, chez Bombardier, l'intégration dans les processus de conception de deux outils développés par le chercheur a permis d'accélérer certaines optimisations jusqu'à cinquante-huit fois. Le système Galileo, développé pour le Port de Montréal, optimise la logistique en tenant compte de la sécurité du personnel et de la performance environnementale. Quant à PhonIA, un outil développé avec la clinique MultiSens pour les écoles et cliniques québécoises, il aide à détecter les troubles du langage et de la lecture chez les enfants. C'est peut-être l'image la plus marquante de ce que l'innovation issue de la recherche peut changer, concrètement, dans une vie.
Le changement se réalise également par la formation. Le Pr Khomh conseille l'Ordre des ingénieurs du Québec sur l'adoption responsable de l'IA et a cofondé le programme NSERC CREATE SE4AI, le premier au Canada entièrement dédié à la formation d'ingénieures et d'ingénieurs spécialisés en conception de systèmes intelligents dignes de confiance. Plus de soixante personnes ont fait leur maîtrise, doctorat ou leur postdoctorat sous sa direction, portant aujourd’hui cette exigence dans le monde.
« Être élu Fellow de l'Académie canadienne du génie est un immense honneur, mais aussi une grande responsabilité, témoigne le professeur Khomh. Cette reconnaissance reflète le travail collectif de mes étudiantes et étudiants, collègues et partenaires. Je crois profondément que le génie est l'un des plus puissants leviers pour améliorer notre société. À travers mes travaux sur l'intelligence artificielle digne de confiance, mon ambition est de développer des technologies performantes, mais aussi sécuritaires, équitables et alignées avec les valeurs humaines. J'espère inspirer la relève à voir le génie comme un engagement envers le bien commun : innover avec ambition, en gardant comme boussole la confiance et la responsabilité. »
Communiquer dans l'espace et dans les zones blanches terrestres
La Pre Gunes Karabulut Kurt dirige le Centre de recherche Poly-Grames et occupe une Chaire de recherche du Canada de niveau 1. Ses travaux couvrent un spectre qu'on ne s'attendrait pas à trouver dans un seul laboratoire.
D'un côté, la Lune et l'espace. À travers Astrolith, l'unité de recherche transdisciplinaire sur les infrastructures spatiales qu'elle a cofondée à Polytechnique, elle explore comment alimenter les futures bases lunaires sans déployer de câbles sur la surface : par faisceaux laser ou par ondes radiofréquences. En collaboration avec MDA Space, elle travaille sur les satellites régénératifs, capables de traiter les données à bord plutôt que de tout renvoyer au sol, ouvrant la voie aux communications térabit-par-seconde. Un brevet co-développé avec l'un de ses doctorants a déjà suscité l'intérêt de MDA Space et d'Eutelsat.
De l'autre côté, le Grand Nord canadien. Dès qu'on s'éloigne des centres urbains, le réseau chute, voire disparaît. Des solutions privées comblent partiellement ce vide, mais au prix d'une dépendance infrastructurelle que le pays cherche à réduire. La Pre Karabulut Kurt codirige le projet NTN-CAN, qui vise à intégrer satellites, drones et aéronefs de haute altitude aux infrastructures terrestres existantes, pour un accès large bande national qui ne laisse personne au bord de la route numérique.
Cette vision d'un espace utile et responsable, elle la défend aussi hors du laboratoire : elle préside la section IEEE Montréal et a lancé le standard P1964 sur la durabilité orbitale, un cadre pour que l'espace ne devienne pas une décharge à haute altitude. Elle la transmet aussi : quatre cents publications, quinze brevets, plus de quatre-vingt-dix personnes formées.
« L'ingénierie a toujours été ma façon de comprendre le monde. Au Canada, et particulièrement à Polytechnique, nous avons la chance rare de transformer cette curiosité en quelque chose de concret, de connecter les communautés les plus isolées du Grand Nord jusqu'à la Lune. L'espace est notre prochaine frontière, et le Canada a tout ce qu'il faut pour s'assurer que son exploration profite à tous. C'est avec beaucoup d'humilité et de fierté que je reçois l'honneur d'être élue Fellow de l'Académie canadienne du génie, une reconnaissance qui m'inspire à aller encore plus loin », déclare-t-elle.
Félicitations au Pr Foutse Khomh et à la Pre Gunes Karabulut Kurt!
Avec leur élection, Polytechnique Montréal compte désormais une trentaine de ses membres au rang des Fellows de l'ACG. À travers eux, c'est l'engagement de l'ensemble de sa communauté envers un génie innovateur au service de la société qui se trouve ainsi reconnu.
En savoir plus
Fiche d'expertise du professeur Foutse Khomh
Fiche d'expertise de la professeure Gunes Karabulut Kurt
Site de l'Académie canadienne du génie

