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Polytechnique et la SQRI2: une compatibilité de visions

Mot de François Bertrand, directeur de la recherche et de l'innovation

1 juin 2022 - Source : Magazine Poly  | VersionPDFdisponible (Été 2022)
1 juin 2022 - Source : Magazine Poly
VersionPDFdisponible (Été 2022)
François Bertrand


Dans mon billet de l’automne 2021, je vous annonçais que Polytechnique avait déposé un mémoire intitulé La recherche en génie, source d’innovation responsable pour un Québec prospère, dans le cadre de sa participation à la consultation lancée par le gouvernement du Québec en vue d’élaborer la Stratégie québécoise de recherche et d’investissement en innovation 2022-2027 (SQRI2). À notre grande satisfaction, la SQRI2, annoncée le 20 mai dernier, qui prévoit investir plus de 7,5 milliards de dollars au cours des cinq prochaines années, est en phase avec plusieurs recommandations soumises dans notre mémoire. Elle propose notamment cinq grands axes d’intervention, qui cadrent très bien avec les orientations du plan stratégique de Polytechnique.

Les axes de la SQRI2 sont, en effet, les suivants :

  • Exceller en recherche, en science et en technologie;
  • Créer un environnement favorable au développement de l’innovation;
  • Soutenir les investissements et la commercialisation des innovations en entreprise;
  • Développer les talents et la culture scientifique et de l’innovation;
  • Miser sur des secteurs d’avenir et des projets structurants.

De son côté, Polytechnique, rappelons-le, veut répondre aux défis de la société, en intensifiant sa recherche collaborative, l’échange et l’application de connaissances, ainsi que la commercialisation des technologies et procédés conçus par ses chercheurs et chercheuses ainsi que par ses étudiants et ses étudiantes. Elle désire également prendre part au dialogue entre la science et la population et encourager, par ses initiatives auprès des jeunes, l’émergence de leur intérêt pour la science et les technologies.

DES SECTEURS D’AVENIR INSCRITS DANS NOS PÔLES DE RECHERCHE

Le gouvernement inscrit, dans le premier axe de sa stratégie, son intention d’appuyer les initiatives des Fonds de recherche du Québec et de favoriser les synergies dans l’écosystème de la recherche. Polytechnique ne peut que saluer cette volonté, elle pour qui l’excellence en recherche, très souvent le fruit d’une collaboration avec des partenaires, fait intrinsèquement partie de sa mission depuis plusieurs années. En particulier, nous avons été très heureux de constater l’arrimage des secteurs d’avenir identifiés par le gouvernement, tels que l’intelligence artificielle, les sciences de la vie, l’aérospatiale, l’électrification des transports ou les énergies renouvelables, avec nos propres pôles d’excellence en recherche.

LA VALORISATION DE LA RECHERCHE, CLÉ DE VOÛTE DE LA RÉPONSE AUX ENJEUX SOCIÉTAUX

La SQRI2 mise résolument sur le soutien de l’écosystème d’innovation québécois et la valorisation de la recherche, et c’est une très bonne nouvelle ! Cette vision s’aligne tout à fait sur celle de Polytechnique, qui encourage et soutient la valorisation des technologies issues des travaux des membres de son corps professoral. C’est d’ailleurs ce qui avait mené à la création de la société de valorisation universitaire Univalor il y a plus de 20 ans. La nouvelle société de valorisation, Axelys, créée il y a plus d’un an et issue de la fusion d’Univalor avec deux autres sociétés de valorisation universitaires, reflète cette compréhension de l’interdépendance entre universités et entreprises montrée par le modèle de valorisation de la recherche publique du Québec.

La création de cette société de valorisation unique résulte de la volonté de combiner nos forces et nos synergies dans le but de mieux soutenir la création de valeur et l’innovation pour le bénéfice du Québec. Il n’existe pas d’innovation « spontanée ». Elle résulte d’un processus dont la durée varie selon le secteur, qui peut aller de six mois, par exemple, pour l’intelligence artificielle, à plusieurs années pour l’aérospatiale ou les technologies biomédicales. À Polytechnique, le processus commence généralement par une idée née dans un laboratoire et qui gagne en maturité au fil du temps, jusqu’au moment où un professeur ou une professeure vient faire une déclaration d’invention au Bureau de la recherche. Cette déclaration pourra par la suite être traitée par Axelys, qui en déterminera le potentiel innovant en vue de la proposer au milieu preneur.

Parfois, la création de la valeur prend un autre chemin : celui de la création d’entreprise. Par exemple, avec des technologies dites orphelines, c’est-à-dire sans partenaires industriels identifiés, il arrive que l’inventeur ou l’inventrice décide de créer avec son équipe une jeune pousse. Pour Polytechnique, il est particulièrement important de soutenir de telles initiatives entrepreneuriales visant le transfert de technologies dans leur domaine d’application. C’est pourquoi nous encourageons et soutenons l’intrapreneuriat et l’entrepreneuriat technologique auprès de tous les membres de notre communauté.

Afin d’être encore plus performante dans la valorisation des innovations issues de son milieu, Polytechnique travaille actuellement à modifier son système d’innovation. Celui-ci s’intégrera à celui d’Axelys et au système d’innovation québécois. À cet égard, nous saluons en particulier l’intérêt manifesté par le gouvernement pour les innovations dites « de rupture » (« deeptech »), comme celles issues des technologies quantiques. Globalement, nous pensons que les initiatives gouvernementales annoncées dans la SQRI2 pourront contribuer à amoindrir les risques liés au développement et à la commercialisation de technologies.

ÉVEILLER LES TALENTS

Sans talents, bien sûr pas d’innovation. En cela, nous adhérons sans réserve au développement de la culture de l’innovation souhaitée par le gouvernement. Nous-mêmes veillons à sensibiliser notre communauté à l’innovation technologique. Cette sensibilisation s’opère notamment grâce à l’action du Bureau de soutien à l’entrepreneuriat, ainsi que par certains cours, orientations et programmes axés sur l’entrepreneuriat technologique.

UNE VISION « TECHNOSOCIALE » DE L’INNOVATION

En phase avec la volonté gouvernementale d’encourager l’innovation sociale, Polytechnique souhaite renforcer son influence sur les plans économique, intellectuel et sociétal. À la base très technologique, notre innovation peut toutefois être qualifiée dans bien des domaines de « technosociale » (santé, eau, transport durable, etc.). Un exemple ayant un potentiel d’impact sociétal considérable : l’environnement de pointe dédié au traitement minimalement invasif des cancers, dévoilé ce mois-ci par Starpax Biopharma à l’Hôpital général juif de Montréal, et dont la création a été rendue possible par, notamment, les travaux novateurs du Pr Sylvain Martel et de son équipe.

Nous pensons qu’innover pour la société nous engage aussi à parler d’innovation avec la société. Par ce dialogue, nous voulons expliquer aux citoyens comment nous parvenons à répondre à certains enjeux sociétaux par la science et les technologies, et entendre, à notre tour, leurs préoccupations et interrogations. Les Rendez-vous de Polytechnique, comme celui de mai dernier à la BANQ au sujet de l’eau, sont une manifestation de cette volonté de dialoguer.

VOLONTÉ DE COLLABORATION

Polytechnique entend participer activement à la réalisation des objectifs de la SQRI2 du gouvernement du Québec. Nous continuerons à travailler avec les ministères concernés afin de soutenir la réussite de notre communauté étudiante, le succès des projets de nos chercheurs et chercheuses et l’avènement d’innovations répondant aux besoins de la société.

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