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PEQ : Polytechnique demande plus d’ouverture de la part du gouvernement

17 septembre 2020 - Source : NOUVELLES

Le gouvernement du Québec doit faire preuve d’ouverture et reconsidérer sa position à l’égard du Programme de l’expérience québécoise (PEQ). Il faut bonifier ce programme et respecter l’engagement pris envers les étudiants et les travailleurs internationaux, estime le directeur général de Polytechnique Montréal, Philippe A. Tanguy.

Philippe A. Tanguy

Philippe A. Tanguy,
directeur général de
Polytechnique Montréal

« Alors que nos étudiantes et nos étudiants revendiquent de nouveaux ajustements à la réforme du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) annoncée en juillet, nous sommes d’avis qu’il faut aussi considérer ce dossier sous l’angle de la géopolitique universitaire. Il s’agit non seulement de la compétitivité des universités québécoises face à la concurrence des autres provinces, mais aussi de rester dans la course à l’échelle internationale », souligne M. Tanguy.

« En limitant l’application des conditions de droits acquis à ceux et celles qui auront obtenu leur diplôme avant la fin de l’année 2020, on renie l’engagement initial pris envers ces étudiants », poursuit Philippe A. Tanguy, « d’autant plus qu’en raison de la pandémie, le déroulement du projet d’études risque d’être bouleversé pour nombre d’entre eux, avec comme conséquence une diplomation plus tardive. »

Si les assouplissements à la réforme du PEQ déjà annoncés par la ministre de l'Immigration, de la Francisation et de l’Intégration, Nadine Girault, constituent clairement un pas dans la bonne direction et répondent à certaines demandes importantes du milieu universitaire, dont la reconnaissance des stages à titre d’expérience professionnelle et une certaine considération de droits acquis pour les diplômés étrangers, les nouvelles conditions imposées aux étudiantes et aux étudiants internationaux déjà engagés dans des études au Québec constituent une forme de rupture du contrat moral pour les étudiants, tout comme pour les travailleurs étrangers temporaires, puisque les conditions d’admissibilité ont changé en cours de route.

Il en va de l’avantage concurrentiel de notre système d’éducation supérieure, et notamment de Polytechnique Montréal pour qui ce programme constituait un facteur d’attractivité pour les étudiantes et les étudiants désirant éventuellement s’établir au Québec en tant que travailleurs hautement qualifiés, mais aussi dans la perspective du recrutement de nouveaux membres du corps professoral. « C’est critique pour Polytechnique, car c’est plus de 60 professeures et professeurs de très haut niveau que nous comptons embaucher au cours des prochaines années », souligne Philippe A. Tanguy. « Bien modulé, le PEQ fait partie des outils que nous pouvons mettre à profit dans nos stratégies de recrutement de professeurs et chercheurs de calibre mondial. »

Changer les règles du jeu

Depuis l’automne dernier, le directeur général de Polytechnique unit sa voix à celles du milieu des affaires, des associations étudiantes et des autres établissements universitaires afin de réclamer des assouplissements au projet de réforme du PEQ. « Le gouvernement du Québec doit permettre à toutes les étudiantes et à tous les étudiants internationaux déjà inscrits dans un programme universitaire québécois ou ayant commencé leurs études à l’automne 2020 de bénéficier de l’accession accélérée à la résidence permanente au Québec, comme prévu dans l’ancienne version du PEQ », insiste M. Tanguy.

« Ces étudiants et ces étudiantes ont été recrutés par les universités sur la base d’une telle possibilité. Nous trouvons qu’il est regrettable pour la réputation du Québec et de ses universités de changer les règles du jeu en cours de route et d’exiger une expérience d’un an de travail avant de les autoriser à postuler au PEQ. Rompre un engagement de cette nature affecte la crédibilité de nos politiques qui visent à combler notre retard en termes de richesse collective par rapport à d’autres provinces canadiennes et à favoriser des emplois de haut niveau et bien rémunérés. Ce n’est rien de moins qu’une forme de rupture de contrat moral », explique le directeur général de Polytechnique Montréal, qui entend poursuivre les efforts dans ce dossier.

Les étudiantes et les étudiants internationaux occupent une place importante à Polytechnique. À l’automne 2020, plus du quart des nouvelles inscriptions proviennent de l’étranger. Globalement, plus de 30 % de nos étudiants proviennent de l’extérieur du Canada. Plus de cent pays y sont représentés.

Une contribution importante à la société québécoise

« Ces étudiantes et ces étudiants contribuent à l’économie du Québec et à la société dans son ensemble, et ce, dès leur arrivée dans notre université. Ces personnes consentent souvent à d’énormes sacrifices pour venir étudier chez nous, et la perspective de s’établir définitivement au Québec et de contribuer comme citoyenne ou citoyen à son développement est un facteur de motivation pour nombre d’entre eux. Dans le contexte très compétitif dans lequel nous évoluons, notre société ne peut se priver de la présence, du talent et de la créativité de cette relève qui souhaite s’établir ici », indique Philippe A. Tanguy.

La possibilité d’accéder à la citoyenneté au terme de leurs études est pour de nombreux étudiants et étudiantes internationaux une puissante source de motivation, laquelle est un facteur clé de réussite académique. 

Le signal négatif envoyé par le PEQ dans sa forme actuelle est porteur de risques pour le développement de l’innovation au Québec. Les étudiantes et les étudiants aux cycles supérieurs à Polytechnique Montréal, dont plus de la moitié provient de l’international, œuvrent au sein d’équipes de recherche très performantes souvent en collaboration avec une entreprise du Québec qui cherche à attirer de nouveaux talents pour renforcer sa compétitivité.

« Sans leur présence, c’est l’écosystème de recherche et d’innovation du Québec qui risque d’en subir les impacts, avec les conséquences que l’on peut imaginer sur la compétitivité commerciale et industrielle des entreprises québécoises », conclut Philippe A. Tanguy.

 

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