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L'audace de concrétiser ses convictions
Entrepreneuriat environnemental, robotique biomédicale, électronique écoresponsable : à chacune son terrain, à toutes l'envie d'agir utilement pour la société. En cette Journée internationale des femmes en génie, gros plan sur Rebeca-Esmeralda, Michelle et Marsyly, trois de nos étudiantes qui osent transformer leurs convictions en projets concrets.
Celle pour qui l’électronique verte n’est pas qu’une expression : Rebeca-Esmeralda Retezan

De l'électronique à base de chlorophylle d'épinard? Cette approche surprenante est explorée par Rebeca-Esmeralda Retezan, dans le cadre de son doctorat en génie physique. Plus précisément, elle étudie les processus de transport de charges dans ce pigment naturel. « L’idée est de comprendre si ces matériaux naturels biosourcés peuvent être utilisés dans des dispositifs électroniques, tels que les transistors ou les cellules solaires, comme alternative aux semiconducteurs traditionnels, explique-t-elle. En simplifiant, j’essaie de voir si on peut remplacer une partie de l’électronique actuelle, souvent polluante et difficile à recycler, par des alternatives plus durables et inspirées du vivant. »

Vue au microscope optique de la chlorophylle sur des nanoélectrodes
Rebeca-Esmeralda a vu dans le génie physique la possibilité d'étudier des concepts très fondamentaux, tout en essayant de trouver des applications pratiques à ces concepts et des solutions à des problèmes modernes. « Mon sujet de doctorat s'inscrit dans cette idée, tout en y ajoutant le concept de développement durable. Même si je travaille à une échelle microscopique, les enjeux sont mondiaux », déclare la doctorante, qui rapporte que 62 millions de tonnes de déchets électroniques ont été produits à l'échelle mondiale en 2022. Seulement 22,3 % ont été convenablement recyclés. Pendant ce temps, les matériaux critiques composant l’électronique actuelle, comme le gallium, se raréfient dangereusement.
Elle souhaite que son projet puisse contribuer à long terme au développement d’une électronique plus durable : des dispositifs potentiellement biodégradables, fabriqués à partir de matériaux abondants, et compatibles avec des procédés respectueux de l'environnement. « Cela ne remplacera pas toute l’électronique actuelle, mais pourrait alléger l'impact environnemental de l'industrie de l'électronique et ouvrir la voie à de nouvelles applications dans des secteurs où l’impact environnemental est un critère central, par exemple, en agriculture. »
Entreprendre un doctorat dans ce domaine demande une forme particulière d'audace, assume-t-elle. « Il faut surtout accepter de ne pas avoir toutes les réponses au départ. L'audace, c'est de s'engager dans un projet où une grande partie du chemin est inconnue, et de continuer malgré les incertitudes. C'est aussi accepter d'explorer des idées qui ne fonctionneront peut-être pas, mais qui permettent tout de même d'avancer. »
Michelle Nguyen, une future ingénieure qui veut mettre la robotique au service du soin

Depuis l’enfance, Michelle Nguyen est fascinée par les robots. Un intérêt qui l’a poussée vers le baccalauréat en génie informatique de Polytechnique Montréal, en vue d'apprendre le fonctionnement de grands systèmes informatiques et de les implémenter elle-même.
« L'innovation technique est un pilier important pour la société, souligne-t-elle. Cependant, au fil de mon parcours à Polytechnique Montréal, je me suis rendu compte que l'innovation seule ne suffit pas; ce qui compte davantage, c'est de la mettre au service de l'être humain. C'est pourquoi je souhaite que mes travaux contribuent à améliorer la qualité de vie des gens et à rendre la technologie plus accessible, inclusive et utile au quotidien. »
Alors que l’IA soulève des inquiétudes, notamment pour l’avenir des ingénieures et ingénieurs, elle y pose un regard serein. Selon elle, le changement de paradigme, certes vertigineux, est surmontable. « Il ne faut pas avoir peur de l'IA, mais apprendre à l'apprivoiser. Après tout, ce n'est qu'un outil, et il comporte encore de nombreuses lacunes. C’est précisément pour cette raison que l’IA ne remplacera pas les ingénieurs : un ingénieur doit savoir comment bien l’utiliser, ce qui lui permet de gagner du temps sur des tâches simples et répétitives, sans pour autant pouvoir s’y fier entièrement dans des systèmes complexes de grande envergure. »
Elle s’est jointe à HÉKA, une société technique étudiante spécialisée dans le biomédical, en vue de combiner ses connaissances en robotique et en IA pour développer des solutions technologiques dédiées à l'humain. Et aussi, pour explorer la question qui la passionne : comment donner un cerveau à un robot pour assister l'être humain?
D’abord membre du projet d'exosquelette brachial destiné aux patientes et patients atteints de la dystrophie musculaire de Duchenne, puis comme vice-présidente chargée de la promotion des technologies biomédicales, elle dirige aujourd’hui le volet IA du projet BIRA, un bras intelligent contrôlé entièrement par la voix, conçu pour assister des personnes en situation de handicap.

Représentation 3D du bras BIRA
Ses contributions techniques laisseront certainement leur trace au sein d’HÉKA. Mais ce que Michelle voudrait surtout voir survivre après son passage, c'est une manière de penser les solutions avec celles et ceux qui les utiliseront, et avec les soignantes et soignants qui les accompagneront au quotidien.
Lutter contre le cybercrime, protéger l’environnement : la double vie de Marsyly Lynn, étudiante-entrepreneure

Le jour, Marsyly Lynn complète un baccalauréat en criminologie à l'Université de Montréal. Le soir, elle étudie au certificat en cybersécurité opérationnelle dans le cadre d’un baccalauréat par cumul en cybersécurité entrepris à Polytechnique Montréal. « Le côté pratique des certificats et leur horaire de soir est vraiment parfait pour moi. Nous avons souvent des professeures et professeurs qui sont issus du privé et peuvent parler de leurs expériences, des certifications ou réalités du milieu professionnel, c'est vraiment concret! »
Portée par sa passion de toujours, la protection de la nature, elle s’est aussi lancée dans l’entrepreneuriat, qu’elle perçoit comme un levier idéal pour garantir l'autonomie et l’expansion de ses projets environnementaux. Propolys, l'incubateur de Polytechnique, lui a fourni le cadre pour passer de l'idée à l'action. Elle y a lancé Civic-Raccoons, une application et des ateliers ludiques destinés à améliorer le tri des déchets, qui est en cours de déploiement. Puis FloteXa, un projet plus ambitieux encore, mené avec quatre coéquipiers, qui développe une solution pour dépolluer les lacs du Québec menacés par l'eutrophisation. Ce deuxième projet sort tout juste de son parcours d'incubation, avec plusieurs projets pilotes en cours. « Mon but ultime est de contribuer à la sauvegarde de nos milieux aquatiques et garantir une meilleure qualité de vie pour les humains », commente-t-elle.

Îlots de phytoépuration de FloteXa
Cette expérience a stimulé sa créativité et sa confiance en elle. « En entrepreneuriat, il n'existe pas de parcours-type : chacun construit sa propre manière de travailler. » Elle a appris à aller soumettre ses idées à des inconnus pour les valider, à maîtriser la comptabilité, la négociation, à s'exprimer devant des publics très différents. Des apprentissages que les cours seuls n'auraient pas pu lui donner, croit-elle.
Son ambition professionnelle serait de rassembler ses deux univers : la cybercriminologie et la protection des milieux aquatiques. Quitte à inventer le métier qui les réunira.

