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Une propriété intellectuelle créatrice de valeur pour tous

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Par François Bertrand, directeur de la formation et de la recherche
1 novembre 2018 - Source : Magazine Poly  | VersionPDFdisponible (Automne 2018)
1 novembre 2018 - Source : Magazine Poly
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L’adoption d’un plan stratégique représente une occasion unique d’évoluer en questionnant nos façons de faire et en explorant de nouvelles pistes de développement. Le nouveau Plan stratégique de Polytechnique, intitulé « Poly2023 : créons l’avenir ! », recèle plusieurs opportunités de réflexions sur ce que nous souhaitons accomplir en recherche en tant qu’université d’ingénierie. Avec ce plan, notre mission est ambitieuse et inspirante : nous souhaitons réaliser des recherches répondant aux grands enjeux sociétaux. Nos chercheuses et nos chercheurs veulent certes repousser les limites de la connaissance, mais en souhaitant aussi que ces connaissances répondent aux besoins de la société. Il est donc dans la nature même de la recherche menée à Polytechnique de développer des solutions, en produisant, par exemple, des résultats utilisables par les entreprises, les gouvernements et les autres parties prenantes de la société.

Parmi les nombreuses matières à réflexion contenues implicitement dans le nouveau Plan stratégique se trouve la question suivante : comment aborder de façon plus créative, moderne et efficiente la gestion de la propriété intellectuelle (PI) de manière à augmenter l’impact de nos recherches ? Selon moi, deux axes du nouveau Plan seront directement concernés par cette question.

Le premier est celui visant à « favoriser l’éclosion d’écosystèmes d’innovation, dynamiser les écosystèmes existants et renforcer la recherche partenariale » (Axe 1.4). Une politique de gestion de la PI trop restrictive, trop protectionniste pourrait avoir un impact négatif sur le transfert des résultats vers le milieu preneur. À l’inverse, une politique trop ouverte aurait le potentiel de priver nos chercheurs du fruit de leur travail. Notre approche en matière de gestion de la PI répond-elle toujours à ce défi du juste milieu ? Permet-elle des interprétations qui nous aideront à dynamiser les écosystèmes d’innovation dans lesquels nous oeuvrons ? Dans certains secteurs, comme celui de l’intelligence artificielle, chercheurs et entreprises ont adopté un mode de collaboration d’innovation ouverte. Compte tenu des diverses cultures d’innovation, quelle est la meilleure stratégie de gestion de la PI pour un secteur donné ? Ce sont des questions que nous devons nous poser. Qui plus est, avec l’internationalisation grandissante de nos activités de recherche, particulièrement en matière de partenariats, se pose le défi de mieux comprendre un environnement mondial de plus en plus complexe dans lequel la propriété intellectuelle devient un enjeu stratégique, voire géopolitique, à part entière. Ici, c’est l’équilibre entre la vigilance et l’ouverture qu’il s’agit de trouver.

Le second axe touché par la question de la PI est celui par lequel nous cherchons à « créer une culture entrepreneuriale portée par la communauté étudiante et le personnel » (Axe 2.2). Une telle culture entrepreneuriale implique une prise de conscience, très tôt dans le processus de recherche, que la PI qui sera développée pourrait avoir une valeur économique ou sociale et qu’elle pourrait même faire l’objet d’un démarrage d’entreprise. Nous avons un rôle de sensibilisation important à jouer auprès de nos chercheurs et de leurs étudiantes et étudiants à cet égard. Mais pour stimuler encore davantage l’entrepreneuriat, des mesures supplémentaires devront être prises. Le programme de financement de l’IVADO destiné au financement de bourses postdoctorales-entrepreneur, qui prévoit que l’institution conserve ses droits sur la PI jusqu’à la création d’une entreprise par le bénéficiaire, est un exemple qui mérite d’être étudié de près.

En terminant, il va sans dire que considérer uniquement la valeur d’une technologie sous l’angle des retombées financières de la PI serait trop réducteur. Le transfert d’une découverte scientifique vers l’écosystème du savoir n’est pas toujours monnayable, mais il peut être inestimable quant à son impact sur la société. Pensons, par exemple, aux travaux de la Chaire industrielle CRSNG en eau potable, qui ont considérablement contribué à faire évoluer la gestion de l’eau potable dans les municipalités.

Toute stratégie de propriété intellectuelle doit être adaptée au type d’impact que l’on souhaite avoir. Je suis persuadé que notre mission en recherche inspirera notre communauté et nos partenaires autant qu’elle m’inspire.

Nous avons du pain sur la planche pour assurer le déploiement de notre Plan stratégique. Plusieurs chantiers importants devront être mis en place – celui sur la réflexion autour d’une stratégie de propriété intellectuelle donnant de l’impact à nos recherches n’en étant qu’un parmi tant d’autres –, mais j’ai la conviction que, grâce à un effort collectif, Polytechnique saura réaliser ses ambitions au bénéfice de la société.

François Bertrand, directeur général adjoint et directeur de la formation et de la recherche de Polytechnique Montréal.
François Bertrand, directeur de la formation et de la recherche de Polytechnique Montréal.

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