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Encourager l’émergence des leaders de l’énergie durable, ici et en Afrique de l’Ouest

Portraits de professeurs

Par Catherine Florès
26 février 2019 - Source : Magazine Poly  | VersionPDFdisponible (Hiver 2019)
26 février 2019 - Source : Magazine Poly
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Pr Oumarou Savadogo

Partisan de longue date des énergies durables

« J’ai toujours cru au solaire », déclare le Pr Oumarou Savadogo, qui a consacré sa carrière au développement de nouvelles solutions pour exploiter les énergies durables.

« Durant mon doctorat à l’Université de Caen, en France, je me suis passionné pour la science des matériaux, discipline qui a soutenu mon intérêt de toujours pour le solaire. Après mon arrivée à Polytechnique en 1987, j’ai continué à explorer ce domaine, assez nouveau à Polytechnique à l’époque, dans le cadre de mes recherches sur les matériaux pour la transformation et l’utilisation de l’énergie. »

À Polytechnique, il a développé plusieurs cours sur l’énergie et les biomatériaux. Il dirige le Laboratoire des nouveaux matériaux pour l’énergie et l’électrochimie et il est également éditeur de la revue scientifique internationale Journal of New Materials for Electrochemical Systems. Aimant enseigner, il est heureux d’avoir formé plus de 50 étudiants à la maîtrise et au doctorat.

Développer la recherche sur les matériaux pour réussir la transition énergétique

Alors que jusqu’au début des années 2000, l’énergie solaire ne suscitait qu’un intérêt très relatif de la part de l’industrie québécoise, elle a considérablement gagné en popularité aujourd’hui, du fait, notamment, de la diminution des coûts de production des cellules photovoltaïques.

« Ce nouvel engouement est mondial », précise le Pr Savadogo. Toutes formes d’énergie confondues, l’énergie solaire est devenue la première capacité électrique installée annuellement dans le monde. La production en masse des cellules solaires a permis d’atteindre dans le monde une production de plus de 100 GW de puissance installée par an. »

La recherche sur les piles à combustible et la production d’hydrogène par électrolyse de l’eau, deuxième champ d’intérêt du chercheur, a également le vent en poupe actuellement, entre autres parce que les piles à combustibles représentent des solutions pour l’alimentation des véhicules électriques et que l’hydrogène décarboné est un vecteur énergétique intéressant dans le stockage de l’énergie.

Les avancées de la science des matériaux sont en train de transformer le monde, affirme Oumarou Savadogo. « Qui aurait imaginé, il y a 30 ans, qu’on pourrait faire Montréal-Toronto d’un seul trait sans arrêt à bord d’une berline alimentée par une pile à combustible à hydrogène avec quatre ou cinq passagers à bord ? Ou encore, que des installations solaires permettraient à des milliers de maternités ou de dispensaires de villages africains ou sud-asiatiques de disposer de systèmes de pompage d’eau, d’être éclairés et ventilés et de disposer de réfrigérateurs pour conserver des médicaments et des vaccins ? Tous ces progrès ont été rendus possibles grâce à de nouveaux matériaux. Ce sont aussi les nouveaux matériaux utilisés dans les composants des éoliennes qui ont rendu ces dernières beaucoup plus performantes. Qu’on pense également à l’impact des nouveaux matériaux dans l’aérospatiale, les communications, l’électronique, l’informatique ou le biomédical... Je pense que les percées technologiques dans le domaine des matériaux vont probablement nous aider à réussir la transition énergétique. »

Électrifier l’Afrique de l’Ouest

En 2005, l’Agence canadienne de développement international (ACDI) lance un programme de soutien au développement des pays d’Afrique de l’Ouest. Le Pr Savadogo s’engage alors dans un projet visant la formation de spécialistes en énergie solaire dans cette région, auquel collaborent plusieurs universités africaines.

« L’Afrique de l’Ouest a des besoins énergétiques criants. Par exemple, au Burkina Faso, 30 % des habitations urbaines sont électrifiées, par rapport à moins de 2 % des habitations rurales. L’énergie solaire peut répondre à une partie de ces besoins, mais l’expertise locale est insuffisante. C’est pourquoi nous avons mis sur pied l’Institut de formation en technologies solaires appliquées, l’IFTSA, au Burkina Faso, pour les pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine, l’UÉMOA. »

Cet institut est mis en oeuvre par Polytechnique Montréal avec ses partenaires, dont l’Université Ouaga 1 Joseph Ki-Zerbo et l’Institut de recherche en sciences appliquées et technologie (IRSAT) (Burkina Faso), l’École polytechnique de Thiès (Sénégal), l’École nationale d’ingénieurs Abdheramane Baba Touré et l’Université de Bamako (Mali) et l’Université de Lomé (Togo). Il propose une formation de technicien (licence) et d’ingénieur (master) à des étudiants provenant des huit pays membres de l’UEMOA. L’institut a déjà réalisé des projets pilotes de systèmes solaires pour le pompage de l’eau, l’éclairage, la ventilation ainsi que la réfrigération pour la conservation des médicaments et des vaccins pour les infrastructures sanitaires et éducatives de base en zones rurales dans différents pays de l’UÉMOA.

Directeur du projet Technologies solaires appliquées pour les pays de l’UÉMOA - projet qui a permis la création de l’IFTSA - le Pr Savadogo est heureux de voire les ingénieurs et techniciens formés à l’Institut occuper aujourd’hui des postes en entreprise, voir créer eux-mêmes des emplois en tant qu’entrepreneurs. « Surtout, la formation de ces leaders de l’énergie solaire représente un véritable levier de développement économique pour l’Afrique de l’Ouest. »

Avec ses projets pour l’IFTSA, Oumarou Savadogo souhaite redonner à la société africaine. « Quand j’ai commencé l’école, au début des années 60, seuls 10 % des enfants d’âge scolaire étaient scolarisés. Sur les 100 élèves en première année de primaire, 32 sont arrivés en sixième année et un seul a fait des études universitaires. Ces faibles taux de réussite viennent d’un système éducatif trop onéreux et mal adapté aux réalités sociales. Cette situation perdure dans un certain nombre de pays d’Afrique de l’Ouest. C’est pourquoi il m’importe de contribuer à mettre en place des structures éducatives pérennes et performantes dont les retombées peuvent concrètement changer la vie des populations. »

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