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COVID-19 : des étudiants de Polytechnique confinés à l’autre bout du monde

8 mai 2020 - Source : NOUVELLES

Au moins deux étudiants de Polytechnique passent leur confinement en Australie. Nous les avons contactés pour prendre de leurs nouvelles.

Lila Stahl, finissante au baccalauréat en génie biomédical, et Charley Gros, doctorant en génie biomédical à Polytechnique.

Lila Stahl, finissante au baccalauréat en génie biomédical, et Charley Gros, doctorant en génie biomédical à Polytechnique.


Lila Stahl est actuellement en confinement à Sydney. Étudiante en dernière année du baccalauréat en génie biomédical, elle avait déjà prévu d’inviter sa famille à la collation des grades qui devait se tenir à Montréal en juin cette année. Son père, venu de France, ainsi que sa mère et son beau-père, en provenance d’Australie, s’étaient donné rendez-vous pour partager cet événement de réjouissances.

La pandémie de la COVID-19 et les mesures sanitaires prises par chaque pays à l’échelle de la planète sont venus bouleverser ces plans.

Fermer un chapitre de 5 ans de sa vie en 24 heures

En mars dernier, alors que les pays ferment un à un leurs frontières et que les annonces de mesures sanitaires pleuvent, l’Australie a annoncé avec un peu moins d’une semaine de préavis la fermeture de ses frontières. S’engage alors une folle course contre la montre pour Lila. Sachant qu’il faut 24 heures d’avion pour rentrer sur le continent austral, elle n’a que peu de temps pour prendre une décision : rester au Québec dans sa colocation afin de terminer ses études à Polytechnique ou rentrer immédiatement en Australie dans sa famille et finir ses études à distance.

Beaucoup d’incertitudes venaient avec l’un ou l’autre de ces choix : combien de temps allait durer le confinement? Serait-il possible de finir les cours à distance? Pourrait-elle revenir pour la collation des grades? Comment trouver un billet alors que tout le monde rentre chez soi et que les compagnies aériennes restreignent leurs vols?

Lila a finalement pris la décision de rentrer en Australie. Le lundi soir, elle se met donc en quête d’un billet. Après plusieurs heures de recherche, elle trouve finalement un vol avec multiples correspondances qui la fait partir 48 heures plus tard.

C’est avec tristesse et sans avoir pu dire au revoir aux personnes qui ont partagé sa vie pendant 5 ans que Lila décolle de Montréal le mercredi soir et laisse son « pays de cœur » derrière elle alors qu’il est aux prises avec une crise sanitaire sans précédent. L’étudiante en génie biomédical emporte avec elle le regret de ne pas avoir pu aider le Canada dans cette période critique.

Après une journée complète de voyage, elle atterrit finalement à Sydney le vendredi à midi, alors que les frontières ferment à 19 heures le soir-même.

Étudier à distance avec 12 heures de décalage

Le temps de se remettre du décalage horaire, et Lila reprend le travail pour obtenir son diplôme. Lorsque les cours reprennent à distance à Polytechnique, elle se retrouve à devoir composer avec un décalage horaire de 12 heures avec le Québec. Ses collègues de travaux de groupe se montrent conciliants et acceptent volontiers de trouver des créneaux qui conviennent à tout le monde. Il n’est toutefois pas toujours possible de décaler ses obligations, et c’est ainsi que Lila se retrouve à faire une présentation orale et son examen final en direct des antipodes, alors qu’il est 3 heures du matin chez elle.

« Le plus dur, c’est de se lever. L’adrénaline fait le reste! », a indiqué Lila.

Aujourd’hui, Lila a terminé son baccalauréat à Polytechnique. Sans les rites de passage que sont la cérémonie de remise du jonc et la collation des grades, elle peine toutefois à le réaliser. Après ce tourbillon d’émotions, elle aspire à utiliser le mois de mai pour prendre du recul et assimiler tous ces changements afin d’y voir un peu plus clair au sujet de son avenir.

D’un naturel optimiste, Lila garde un regard philosophe sur cette pandémie qui secoue le monde d’un hémisphère à l’autre en ce moment. Elle nourrit l’espoir d’un sursaut de sagesse de l’être humain et d’une évolution vers un monde plus responsable en matière d’environnement et de consommation notamment. Son œil d’ingénieure dans le domaine biomédical lui fait également espérer que des leçons seront tirées afin d’améliorer les systèmes de santé.

Mais par-dessus tout, une fois tout ceci dernière nous, Lila espère de tout cœur pouvoir revenir serrer dans ses bras sa famille du Canada.

Pendant ce temps, sur la côte est australienne…

De son côté, Charley Gros séjourne déjà depuis plusieurs semaines à Brisbane, sur la côte est de l’Australie, lorsque l’Organisation mondiale de la santé (OMS) déclare que la pandémie touche l’ensemble de la planète. Le Marseillais d’origine est alors bien au fait de la situation, lui qui échange quotidiennement avec ses parents et amis postés en France.

Rejoint par Skype vers la fin mars, il indiquait d’ailleurs avoir beaucoup de difficulté à se concentrer au travail en raison de l’actualité. « Je suis vraiment affecté par tout ce qui se passe en Europe », a-t-il confié lors d'un premier entretien. « C’est vraiment difficile de suivre tout ça à distance. »

Spécialisé en intelligence artificielle appliquée à l’imagerie par résonance magnétique (IRM), l’étudiant au doctorat en génie biomédical a entamé en décembre 2019 un stage au Centre for Advanced Imaging à l’Université du Queensland. Il accompagne là-bas une équipe de collaborateurs associée à son directeur de thèse à Polytechnique, le professeur Julien Cohen-Adad.

Mais depuis le début de la crise, les rencontres avec ses coéquipiers ne se font qu’en mode virtuel. Charley travaille de chez lui et se connecte à distance aux processeurs graphiques de l’Université du Queensland pour entraîner ses réseaux de neurones.

« Après avoir eu une longue discussion avec mon superviseur, j’ai décidé de rester ici le temps que toute la situation se résorbe », a-t-il expliqué. « J’ai ma routine à la maison, mais on sent bien que tout n’est pas encore normal. »

Rejoint à nouveau à la fin avril, le jeune homme s’attend maintenant à passer tout son été – ou son hiver plutôt – en Australie.

« Polytechnique a organisé des cours en ligne pour l’été, alors je vais suivre le tout d’ici, mais avec un fuseau horaire bien différent, cependant », a souligné Charley.

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