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50e anniversaire du réacteur SLOWPOKE : héritage et perspectives du génie nucléaire à Polytechnique Montréal

20 octobre 2026 - Source : NOUVELLES

Le 13 octobre dernier, Polytechnique Montréal soufflait les 50 bougies de son réacteur SLOWPOKE, le seul réacteur nucléaire en activité au Québec. Chercheurs, étudiants, partenaires de l’industrie et invités du Canada et des États-Unis ont répondu nombreux à l’invitation, en présence de Claude Guay, secrétaire parlementaire du ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles et député de LaSalle-Émard-Verdun. Placée sous le thème « Héritage et perspectives », la journée a aussi été l’occasion d’annoncer deux partenariats pour former la relève. 

Célébration du 50e anniversaire du réacteur nucléaire SLOWPOKE à Polytechnique Montréal. (Photos : Owen Egan)
(Photos : Owen Egan)


Un petit réacteur, un grand héritage 

Le moment le plus émouvant de la journée est venu de Deep River, en Ontario. Une équipe de Polytechnique y est allée rencontrer John Hilborn, qui a conçu le SLOWPOKE aux Laboratoires de Chalk River. Dans un message vidéo, il a rappelé son ambition de départ : un réacteur intrinsèquement sûr. « C’est une joie de voir que le projet SLOWPOKE a résisté à l’épreuve du temps. Je suis si heureux d’avoir vécu assez longtemps pour voir ça », a confié le quasi-centenaire. 

Le pari a tenu. Mis en service le 1er mai 1976 dans un laboratoire de génie physique, le réacteur de Polytechnique ne développe que 20 kilowatts, très peu à l’échelle de l’industrie. « Et pourtant, depuis un demi-siècle, ce petit réacteur est l’un des outils de recherche les plus précieux de Polytechnique », a souligné Maud Cohen, directrice générale de Polytechnique Montréal. Plus de 450 000 échantillons y ont été irradiés, des minéraux critiques aux plastiques recyclés en passant par des objets archéologiques. En 1997, il est aussi devenu le premier SLOWPOKE converti à un combustible faiblement enrichi, une première qui a ouvert la voie à d’autres conversions dans le monde. 

Le réacteur s’inscrit dans une histoire plus longue, qu’a retracée Guy Marleau, ancien directeur de l’Institut de génie nucléaire, fondé en 1970. C’est à Polytechnique qu’ont été créés, dans les années 1980, les codes de calcul DRAGON et DONJON, aujourd’hui utilisés par l’industrie nucléaire et toujours développés ici par une nouvelle génération de chercheurs. 

Pour Maud Cohen, le véritable héritage est pourtant ailleurs. Après avoir salué les responsables successifs du laboratoire, Greg Kennedy, Cornelia Chilian et Darren Hall, elle a mis les étudiants à l’honneur : « C’est peut-être là, à mon avis, le plus bel héritage du SLOWPOKE : les personnes qu’il a formées. » Fred Dermarkar, président d’Énergie atomique du Canada limitée, l’a dit à sa façon : « À bien des égards, ce que le SLOWPOKE a produit de plus important, ce ne sont pas des neutrons, ce sont des personnes. » 

Un diplômé porte le message d’Ottawa 

Parmi les diplômés de Polytechnique présents ce jour-là, l’un parlait au nom du gouvernement fédéral. Claude Guay, secrétaire parlementaire du ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles et député de LaSalle–Émard–Verdun, est venu célébrer l’anniversaire au nom du ministre Tim Hodgson. Ancien étudiant en génie industriel, il a reconnu n’avoir jamais eu accès au SLOWPOKE pendant ses études, mais c’est ici, a-t-il confié, qu’il a « pris pleinement conscience de la valeur du mot innover ». 

« Le réacteur SLOWPOKE de Polytechnique Montréal est bien plus qu’un simple outil de recherche. Il constitue un témoignage vivant du patrimoine nucléaire canadien », a-t-il affirmé, en saluant le rôle de l’établissement dans la formation d’une expertise francophone « qui saura contribuer à la renaissance de ce secteur en pleine effervescence partout dans le monde ». 

Il a aussi présenté la première stratégie nucléaire du Canada, dévoilée en juin, qui prévoit notamment plus d’investissements en recherche et le développement d’un microréacteur canadien de nouvelle génération. « Polytechnique Montréal sera certainement un acteur clé pour faire de cette vision une réalité », a-t-il conclu. 

Le nucléaire, un carrefour de disciplines 

Cette vision, les chercheurs de Polytechnique y travaillent déjà. Pour Foutse Khomh, directeur de la recherche et de l’innovation, le génie nucléaire n’est pas l’affaire d’un seul département. 

Le nucléaire ne sert pas qu’à produire de l’électricité : par exemple, il peut servir à soigner, grâce à l’imagerie médicale et à la radiothérapie, ou encore à analyser des matériaux. Il revient à la société de choisir les usages qu’elle privilégiera, mais « qu’importe la trajectoire qu’on décidera d’emprunter, il sera important d’avoir des experts pour porter notre ambition collective », a mentionné M. Khomh. 

Du pergélisol du Grand Nord aux aimants des futurs réacteurs à fusion, cinq professeurs issus de trois départements en ont fait la démonstration : 

  • Pooneh Maghoul (génies civil, géologique et des mines) étudie comment implanter de petits réacteurs modulaires sur le pergélisol du Nord canadien, où de nombreuses communautés dépendent encore du diesel. 
  • Antonios Katsamakas, du même département, travaille sur l’isolation sismique, qui pourrait aider à standardiser la conception des centrales. 
  • Njuki Mureithi (génie mécanique) analyse les vibrations dans les générateurs de vapeur, avec des partenaires comme Framatome, Doosan Enerbility et l’EPRI. 
  • Frédéric Sirois (génie électrique) s’intéresse aux aimants supraconducteurs des futurs réacteurs à fusion. Polytechnique pilote une initiative canadienne dans ce domaine. 
  • Charles Bienvenue (génie mécanique), qui a pris le relais au Groupe d’analyse nucléaire, adapte DRAGON et DONJON aux réacteurs de nouvelle génération et même à la radiothérapie, avec le CHUM. 
     
Le réacteur nucléaire SLOWPOKE à Polytechnique Montréal.
Le réacteur nucléaire SLOWPOKE à Polytechnique Montréal.


Des partenaires réunis autour d’un même défi 

Cette expertise, Polytechnique ne la développe pas seule. Les Laboratoires Nucléaires Canadiens, dont l’équipe assure l’entretien du réacteur, y mènent désormais leurs propres mesures de recherche. Pour Luke Yaraskavitch, le SLOWPOKE est aussi un outil de formation rare : c’est l’un des quatre endroits au Canada où l’on peut voir de près un réacteur en fonctionnement. 

L’industrie était aussi au rendez-vous. Nicolas Lourdel, de l’entreprise Velan, a montré comment une collaboration de recherche universitaire amorcée en 2012 a mené à la conception d’une valve essentielle pour le BWRX-300, présenté comme le premier petit réacteur modulaire commercial du G7. 

Un défi est toutefois revenu dans toutes les bouches lors du panel : la main-d’œuvre. Jessica Poupore, (directrice adjointe, Science et technologie, Ressources naturelles Canada), Fred Dermarkar (président et chef de la direction d’Énergie atomique du Canada limitée) et Jerry Hopwood (président d’UNENE, un réseau de 18 universités canadiennes et de partenaires de l’industrie), en ont tous fait le constat. « Ce qui pourrait ralentir les projets de nouveaux réacteurs au Canada, voire les empêcher, c’est le nombre de personnes nécessaires pour les réaliser », a prévenu Jerry Hopwood, en invitant les étudiantes et les étudiants à envisager une carrière dans le nucléaire. 

Des annonces pour l’avenir 

C’est précisément à ce défi que répondent les annonces faites en clôture par Maud Cohen.  

Concrètement, AtkinsRéalis, par l’intermédiaire de Candu Energy, apportera un soutien de 1 M$ sur six ans pour créer une nouvelle chaire en génie nucléaire. Il s’agit du premier des cinq postes de professeurs que Polytechnique souhaite créer d’ici cinq ans, et le recrutement est lancé. « Il n’y a rien de plus important que d’investir dans les personnes », a commenté Carl Marcotte, vice-président principal, marketing et développement des affaires chez Candu Energy. 

Polytechnique a aussi signé un protocole d’entente avec UNENE, pour renforcer la collaboration en recherche et en formation. Elle demeure la seule université au Canada à former des ingénieurs nucléaires en français. 

« Nous célébrons 50 ans d'opération de notre réacteur nucléaire, de formation de la relève en génie nucléaire et de nombreuses retombées de grand impact. Notre mission maintenant est de redonner de l'élan à cette filière », a résumé le professeur Nicolas Godbout, directeur du Département de génie physique. 

Quant au réacteur, il a encore de beaux jours devant  : son permis d’exploitation a été renouvelé jusqu’en 2033, et il devrait rester en service jusque dans les années 2040. « Il y a cinquante ans, Polytechnique a fait le pari du SLOWPOKE. Aujourd’hui, nous faisons le pari de la prochaine génération », a conclu Maud Cohen.

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