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Une idée audacieuse se transforme en succès entrepreneurial

Entrepreneuriat

Par Catherine Florès
1 mars 2019 - Source : Magazine Poly  | VersionPDFdisponible (Hiver 2019)
1 mars 2019 - Source : Magazine Poly
VersionPDFdisponible (Hiver 2019)

Mettre les animaux de compagnie au régime à base d’insectes : l’idée pouvait paraître étrange, mais c’est le pari qu’ont pris Paul Shenouda et ses deux associés, Philippe et Mathieu Poirier, lorsqu’ils se sont aventurés dans la voie de l’entrepreneuriat. créée en 2015, leur entreprise, Hexa Foods, a aujourd’hui le vent en poupe. Commercialisés sous la marque Wilder Harrier, ses produits alimentaires pour animaux domestiques sont distribués sur l’ensemble du territoire canadien. Paul Shenouda, Po 2015, génie mécanique, M. ing. génie industriel en gestion de l’innovation technologique, se livre sur son expérience.

Équipe d'Hexa Food
     Les cofondateurs d"Hexa Foods : Mathieu Poirier, Philippe Poirier et Paul Shenouda

Genèse du projet

Tout commence en 2014, lorsque Philippe Poirier parle à son frère Mathieu et à son ami de longue date Paul Shenouda d’une étude de l’ONU sur l’intérêt des insectes comme alimentation de l’avenir. « Les faits présentés par l’étude nous ont convaincus que les farines d’insectes représentaient une solution face au coût environnemental de la viande traditionnelle », explique Paul. « Par exemple, savez-vous que la production d’un kilo de boeuf consomme au total 13 500 litres d’eau, alors qu’un kilo de grillons en consomme 2 000 fois moins ? »

À l’époque, Paul complète son baccalauréat en génie mécanique avec une orientation en innovation technologique. Philippe, diplômé de HEC, est banquier d’affaires, et Mathieu, diplômé du Collège Lasalle, travaille à temps plein dans l’univers de la mode masculine. Tous trois sont déjà à l’affût d’idées nouvelles à développer en alliant leurs forces respectives.
Pendant plusieurs mois, ils explorent sérieusement les débouchés de l’alimentation à base d’insectes. « Malgré la qualité des protéines d’insectes, nous pressentions que les consommateurs n’étaient peut-être pas prêts pour une telle révolution de leur alimentation. Mais la barrière psychologique tombe s’il s’agit de proposer une nourriture plus saine à leurs animaux de compagnie, d’où notre idée de nous tourner vers ce marché. » Un marché florissant, si l’on en juge par les dépenses des ménages canadiens pour les animaux domestiques, passées de 6,4 G$ en 2010 à 9,2 G$ en 2016, dont 1,7 G$ au Québec.

« Les propriétaires d’animaux domestiques constatent que leurs amis à quatre pattes souffrent de plus en plus d’allergies causées par leur nourriture. Nous avons pris le parti de leur offrir une solution de rechange hypoallergène et écoresponsable. Dès lors, nous avons enregistré notre entreprise, Hexa Foods. »

Des prototypes testés et approuvés par un fin gourmet

Pendant une année, les trois entrepreneurs se consacrent à la recherche de fournisseurs, de partenaires et d’investisseurs, ainsi qu’à la R & D. Il est décidé que la première gamme de produits serait des biscuits pour chiens. « Nous avons élaboré nos premières recettes à base de farine de grillons dans la cuisine de Philippe. Le chien de ma compagne, Chavo, a été notre premier goûteur et, manifestement, il a adoré nos friandises ! », se souvient Paul.

Des débuts prometteurs

L’année 2016 voit le lancement de leur ligne de biscuits protéinés Bugbites, rapidement rebaptisée Wilder Harrier, pour des raisons d’image de marque. Cette même année, Hexa Foods obtient plus de 300 000 $ en financement et ses cofondateurs sont lauréats du concours OSEntreprendre. Leur marque fait son entrée chez Mondou, un chef de file de la distribution de produits pour animaux domestiques au Canada.

L’année suivante, s’ajoutent de nouveaux produits à la gamme Wilder Harrier : des bouchées d’entraînement ainsi que des biscuits aux algues et à la pulpe végétale. Un judicieux partenariat est établi entre Hexa Foods et une autre jeune entreprise montréalaise écoresponsable, Loop, qui fabrique des jus à partir de fruits et légumes rejetés par l’industrie. « Nous récupérons la pulpe issue du pressage des jus, qui est inutilisable par Loop. La démarche est ainsi encore plus durable. »

Les entrepreneurs parviennent à obtenir 650 000 $ en financement et leur marque fait une percée en Ontario et dans l’Ouest canadien. En 2018, on trouve leurs produits dans plus de 1 000 points de vente.

Projets à venir

« Au cours des prochains mois, nous allons renforcer notre présence sur le marché nord-américain, où 67 % des ménages possèdent un chien ou un chat. Nous projetons également de nous lancer à l’international. De plus, nous comptons commercialiser une véritable ligne de repas canins, en conservant la même démarche de durabilité et de santé », mentionne Paul.
Ni lui ni ses associés ne souhaitent brûler les étapes dans le développement de leur entreprise. « Nous avons appris à gérer nos défis et nos succès avec sérénité et méthode. Nous gardons notre cap et nos principes. »

Retour aux sources

Paul, qui a commencé à s’intéresser fortement à la R & D durant son baccalauréat, grâce à des stages et à des cours de son orientation thématique en innovation technologique, est très reconnaissant envers ses professeurs de Polytechnique qui l’ont encouragé sur cette voie. « Notamment, la Pre Isabelle Deschamps, qui m’a dirigé à la maîtrise et a été ma première mentore. »

Répondant à l’invitation du Pr Fabiano Armellini, responsable du cours d’entrepreneuriat technologique, le jeune entrepreneur donne ce cours à Polytechnique depuis septembre 2018.
« Au baccalauréat, c’est le premier cours qui m’avait parlé de R & D et d’entrepreneuriat et je l’avais adoré. Pour moi, c’est symbolique de me trouver à mon tour devant 45 étudiants pour leur communiquer ma passion pour l’innovation. »

Hexa Food

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