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Suzanne Lacasse, Po 71, chercheuse au NGI : femme de terrain

Vue d'ailleurs

Par Catherine Florès
10 octobre 2019 - Source : Magazine Poly  | VersionPDFdisponible (Automne 2019)
10 octobre 2019 - Source : Magazine Poly
VersionPDFdisponible (Automne 2019)

La diplômée Suzanne Lacasse

Déterminée à devenir ingénieure

« C’est bien, mais es-tu certaine que tu ne devrais pas choisir un domaine plus féminin ? », s’inquiète le père de Suzanne Lacasse quand celle-ci lui annonce son intention d’étudier à Polytechnique. Lui-même ingénieur diplômé de Polytechnique, il est fier sans doute que sa fille veuille suivre ses pas, mais subit l’influence des stéréotypes solidement ancrés dans la société en ce milieu des années 60.

Suzanne Lacasse entreprend alors des études en littérature à l’Université de Montréal. Dès son baccalauréat obtenu, en 1967, elle n’hésite plus et s’inscrit en génie civil à Polytechnique. Nullement intimidée de se retrouver l’unique fille dans son programme, elle réalise sans difficulté son passage entre les lettres et le génie. « Ce fut très formateur pour l’esprit, je le recommanderais à tout le monde ! », affirme-t-elle. Après l’obtention de son diplôme d’ingénieure en 1971, encouragée par ses professeurs, elle décide de poursuivre ses études aux cycles supérieurs. Suivent donc une maîtrise puis un doctorat au Massachusetts Institute of Technology (MIT) en cotutelle avec Polytechnique.

Le goût de l’international

« Je me suis spécialisée en géotechnique, notamment dans les techniques de laboratoire géotechnique, les méthodes d’investigation in situ et la modélisation du comportement du sol, rapporte Mme Lacasse. J’ai démarré ma carrière dans le milieu universitaire : entre 1973 et 1975, j’étais chargée de cours à Polytechnique, puis je suis retournée au MIT enseigner au Département de génie civil et diriger le laboratoire de géotechnique. En 1978, je suis partie pour un an à Oslo, afin de travailler en tant que boursière postdoctorale à l’Institut géotechnique de Norvège (NGI), le plus grand centre de recherche et de conseil en géotechnique au monde. Cette expérience fut décisive pour moi. »

Passionnée par la recherche pratique menée au NGI, elle ne voit pas l’année passer. « J’ai adoré le travail en équipe au NGI et les projets internationaux. En plus, je me suis aisément intégrée, sans ressentir un trop grand décalage entre la culture norvégienne et la mienne. Il faut dire que la société norvégienne est plutôt familiale. Il y a une proximité entre les gens, comme au Québec. Et puis, les forêts me rappelaient mon Abitibi natale. » Quatre ans après son retour au MIT, elle se fait proposer un poste de consultante au NGI et s’installe pour de bon à Oslo.

« À cette époque, mes missions concernaient souvent des plateformes pétrolières maritimes soumises aux tempêtes. C’est très impressionnant de se retrouver sur une plateforme en pleine mer du Nord, avec des vagues de plusieurs mètres ! Il y a énormément d’incertitudes à gérer. »

Pour permettre l’évaluation et la gestion des risques dans l’ingénierie des fondations des plateformes ou dans les processus décisionnels, Mme Lacasse a mis au point des méthodes statistiques et des outils d’analyse mathématiques et numériques qui ont également été appliqués dans le monde entier à l’installation de barrages et à la résolution de problèmes de glissements de terrain.

« Dans ma carrière, j’ai eu la chance de voyager d’un continent à l’autre, d’être confrontée à une grande diversité de défis techniques et de rencontrer énormément de gens. J’ai pu observer en direct l’importance de l’aspect interculturel dans les projets d’ingénierie et l’avantage de connaître plusieurs langues », mentionne cette polyglotte.

Elle ajoute que parcourir le monde lui permet de faire un autre constat, plus préoccupant : les impacts des changements climatiques s’accentuent, ajoutant de l’incertitude aux projets géotechniques.

Première femme à diriger le NGI

En 1991, elle devient la première femme nommée à la direction du NGI, poste qu’elle occupera pendant 21 ans avec fierté. En parallèle, elle continue ses travaux de recherche et de conseil.

Sa carrière est couronnée de nombreuses distinctions : elle a été élue à plusieurs académies ou sociétés nationales d’ingénierie ou de sciences, en Europe, aux États-Unis et au Canada, et a remporté des prix prestigieux. Elle a également reçu le titre d’Officier de l’Ordre du Canada et celui de Chevalier de l’Ordre du Faucon d’Islande. Mais aux honneurs, elle préfère les projets sur le terrain et les échanges d’idées avec ses collègues et les étudiants, qu’elle rencontre au NGI ou dans les universités où elle est invitée à enseigner, comme celles de Shanghai et Hong Kong. « Les étudiants d’aujourd’hui me semblent mieux préparés au travail d’équipe qu’à mon époque. Ils savent très bien présenter leurs idées, ils montrent plus d’assurance », constate-t-elle, se réjouissant également de voir les femmes plus nombreuses à choisir une profession qui l’a rendue aussi heureuse.

« J’éprouve beaucoup de reconnaissance envers le NGI pour m’avoir confié d’aussi passionnantes missions, conclut-elle. Je m’y suis toujours sentie comme à la maison. » Et cela, même les vagues de la mer du Nord en furie n’ont jamais réussi à l’en faire douter !

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