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« Si on survit au premier hiver, c’est bon, on peut rester! »

Grand dossier - Bâtir sa vie en région quand on vient de l'international

Par Catherine Florès
2 novembre 2022 - Source : Magazine Poly  | VersionPDFdisponible (Automne 2022)
2 novembre 2022 - Source : Magazine Poly
VersionPDFdisponible (Automne 2022)

Un bagage international

Ana Boada, diplômée de Polytechnique

La diplômée Ana Boada

 

Ana Boada est arrivée à Polytechnique en 2014, armée déjà d’une riche expérience. Cette Vénézuélienne, détentrice d’un diplôme d’ingénieur en génie des mines de l’Université Centrale du Vénézuéla, avait travaillé quatre ans dans l’extraction houillère dans son pays natal, avant de partir en France faire une maîtrise en évaluation économique des projets miniers à l’École des Mines de Paris. « Je suis venue à Polytechnique avec le projet de faire un DESS, mais, finalement, j’ai été acceptée dans un programme de maîtrise en génie minéral, dont j’ai obtenu le diplôme en 2016. »

Polytechnique est devenue pendant ces deux années sa deuxième maison, tant elle y passait de longues heures quotidiennes, entre le travail personnel exigé par sa maîtrise et son travail à temps partiel à la Bibliothèque. Pendant ce temps, son mari, Juan, ingénieur des mines lui aussi, avait trouvé un emploi assez éloigné de ses ambitions, à Montréal, en attendant qu’elle termine cette seconde maîtrise.

Un projet de couple

« À cette époque, le domaine minier n’était pas très dynamique, les nouveaux arrivants comme nous avaient des difficultés à y trouver un emploi correspondant à leurs qualifications, rappelle Ana Boada. Mais nous ne souhaitions pas repartir au Vénézuéla qui vivait une situation politique et économique difficile. Nous avions l’intention d’essayer de rester quoi qu’il arrive, quitte à devoir changer de domaine. Nous nous sommes dit qu’ici, si on survit au premier hiver, c’est bon, on peut rester! »

La chance leur a souri dans la région de Mont-Laurier : en 2016, Juan a été  engagé chez Imerys Graphite et Carbone Canada (passée dans l’escarcelle de Graphite Nordique en avril 2022) et en 2017, ce fut le tour d’Ana d’être recrutée par l’entreprise. Il y a quatre ans, les époux sont devenus parents d’un petit garçon. Cette année, ils ont obtenu leur citoyenneté canadienne.

Néo-Québécois épanouis

L’adaptation à la vie en région a demandé quelques efforts à ces citadins de toujours. « À Montréal, c’était facile de se faire un réseau d’amis, que ce soit dans la communauté hispanophone ou québécoise, car la ville est très ouverte sur le monde. À Mont-Laurier, aucun autre Vénézuélien à l’horizon. La plupart des gens que nous rencontrions n’avaient même jamais discuté avec des Latinos et avaient de la difficulté à comprendre notre accent. J’ai donc acquis le réflexe d’utiliser beaucoup d’expressions québécoises pour me faire comprendre. »

La jeune famille s’est quand même sentie rapidement chez elle à Mont-Laurier, séduite par la nature environnante. « La qualité de vie est exceptionnelle. On peut profiter des beaux parcs régionaux été comme hiver, et des bons produits fermiers. C’était d’ailleurs l’endroit idéal pour vivre la période de pandémie : nous n’étions jamais enfermés. »

Place à une nouvelle expérience

Ana Boada est malgré tout sur le point de quitter la douceur de vivre des Laurentides pour aller s’installer avec sa famille en Abitibi. « Nous avons obtenu mon mari et moi un poste à Val-d’Or, chez Canadian Malartic, la plus grande mine d’or à ciel ouvert du Canada. Lui, en tant que planificateur financier, et moi, en tant qu’ingénieure en amélioration continue et projets. C’est une belle occasion pour tous les deux de progresser dans notre carrière et cela me rapproche de mon but de devenir gestionnaire. Je songe d’ailleurs à faire un MBA. En tout cas, une chose est certaine, nous n’envisageons pas une seconde de revenir vivre dans une grande ville! »

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