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Un goût de l’innovation contagieux

Point de vue

Par Catherine Florès
6 juin 2019 - Source : Magazine Poly  | VersionPDFdisponible (Printemps 2019)

Normand Brais, Po 82, lauréat du Prix Mérite 2019 de la Fondation et Alumni de Polytechnique Montréal, soutient généreusement l’entrepreneuriat technologique à Polytechnique. C’est une façon pour ce prolifique créateur d’entreprises de transmettre sa passion pour l’innovation.

Normand Brais

Un goût d’enfance et de liberté

« Je pense être tombé dans la marmite de l’innovation à un très jeune âge », déclare Normand Brais, qui, d’aussi loin qu’il s’en souvienne, a toujours bricolé pour construire quelque chose : voiturettes, cerfs-volants, systèmes électriques et, plus tard, même les meubles de son premier appartement. Un intérêt vivement encouragé par son père : « À trois ans à peine, j’avais la permission de mon père de jouer à ma guise avec tous les outils, y compris une petite scie égoïne, que je trouvais dans son atelier au sous-sol de la maison familiale. Mon père essuyait sans broncher les reproches de mes oncles qui craignaient que je ne me blesse. C’est grâce à lui que j’ai développé le goût de comprendre comment fonctionnent et se fabriquent les choses. »

Selon M. Brais, l’innovation est un talent inné qui dépérit s’il n’est pas encouragé par l’éducation. « Je pense que nous naissons tous innovateurs et assoiffés de savoir. Les enfants d’âge préscolaire débordent d’imagination et de créativité. Ils arrivent en première année à l’école le regard enflammé de curiosité. Cependant, au lieu de répondre à leurs questions, on les formate et on éteint graduellement leur curiosité. Au secondaire, on impute leur désintérêt à leur adolescence. Les fondements de l’éducation n’ont pratiquement pas changé depuis deux cents ans, d’où la rareté actuelle des esprits innovateurs. Au bout du compte, seuls les rebelles s’en sortent, c’est-à-dire ceux qui savent allier un cerveau d’adulte avec un coeur d’enfant, qui conservent leur curiosité et remettent en question les idées toutes faites et préemballées. »

Polytechnique, un milieu stimulant

Issu d’un milieu ouvrier, Normand Brais a été le premier de sa famille à entrer à l’université, fortement encouragé par son père qui voulait que son fils fasse des études. Doué pour les matières scientifiques, celui-ci s’est dirigé vers le génie. Du fait de sa réputation d’école très exigeante, Polytechnique lui semblait être comme une haute montagne à gravir, et le défi le stimulait.

« En 1978, la société québécoise était bien moins cosmopolite qu’aujourd’hui, les occasions étaient plus rares de côtoyer des étrangers, ajoute-t-il. Or, l’aspect international, qui était déjà bien présent à Polytechnique à l’époque, me séduisait. »

M. Brais conserve d’heureux souvenirs de Polytechnique, et même des périodes d’examens. « Nos soirées d’études et de révisions la veille des examens au Comité des SPOW (sic) – notre dénomination estudiantine du comité sportif – et toute la camaraderie que nous partagions et qui perdure, étaient fantastiques. »

Découverte de la simulation numérique

Une fois son baccalauréat obtenu, il démarre une maîtrise en aérothermie et fait son entrée dans l’industrie, chez Todd Combustion Inc., un manufacturier américain de systèmes de combustion industriels. Son mandat est de trouver une solution pour réduire les émissions polluantes (NOx) de la plus grosse centrale thermoélectrique de Californie.

Ses recherches l’ont amené à s’intéresser à une technologie émergente permettant de simuler la combustion sur ordinateur, afin de mieux comprendre la source des émissions polluantes. Il s’est rendu en Angleterre pour rencontrer le promoteur de cette technologie toute nouvelle à cette époque, le Pr Brian Spalding de l’Imperial College de Londres. La collaboration qui s’en est suivie a permis de réaliser la simulation de la combustion et de tester virtuellement des solutions innovantes pour réduire les émissions de polluants.

Enthousiasmé par les possibilités offertes par la simulation, Normand Brais est retourné à Polytechnique afin d’approfondir ses connaissances dans ce domaine d’expertise en entreprenant un doctorat qu’il obtiendra en 1993. « Mes études de doctorat ont été une cure de jouvence ! J’ai toujours aimé apprendre de nouvelles choses et remettre en question les idées reçues. Depuis mon entrée dans le monde du travail, j’ai constaté un niveau technologique bien en deçà de mes attentes en industrie.

Heureusement, durant ces cinq années en industrie, j’ai aussi donné un cours du soir en combustion à Polytechnique. Cela m’a, plus tard, conduit à entreprendre un doctorat. J’en remercie encore mon directeur de recherche, feu le Pr Armand Patenaude, qui m’avait proposé de donner ce cours à sa place. Il m’avait dit à l’époque : "Il n’y a rien de mieux que de donner un cours sur un sujet pour en apprendre à fond la matière !" »

Au terme de son doctorat, M. Brais est devenu professeur au Département de génie nucléaire, où durant cinq ans, il a enseigné la thermodynamique et la combustion.

Entrepreneur en série

Entre 1991 et 2015, il a lancé huit entreprises dans les domaines de la biostérilisation de l’air, de la combustion, de la pollution atmosphérique et du traitement de l’eau. Il codirige aussi depuis 28 ans la firme de conseil en ingénierie Brais Malouin et associés, spécialisée dans le domaine de la combustion.

« Je carbure au défi d’améliorer des choses et ce dépassement de soi devient vite enivrant. Si l’appétit vient en mangeant, les bonnes idées, elles, viennent en entreprenant ! », affirme-t-il. Il souligne que la curiosité doit dépasser la peur d’échouer. « On apprend davantage d’un échec que d’une réussite. C’est d’ailleurs dommage que personne ne veuille faire de thèse sur quelque chose qui n’a pas fonctionné ! »

Partager le sens de l’innovation avec les nouvelles générations

M. Brais est un homme de cœur, très engagé auprès de son alma mater et de sa Fondation : il intervient chaque année dans un cours du Pr Robert Panet-Raymond, il siège au comité consultatif de Polytechnique et il préside actuellement le comité des dons majeurs et planifiés de la Fondation et Alumni de Polytechnique (après avoir présidé le conseil d’administration de la Fondation de 2013 à 2016). Depuis 2016, il est maître de cérémonie des Matins Alumni.

Le Prix Mérite que lui a décerné cette année la Fondation et Alumni s’ajoute aux distinctions qu’il a précédemment reçues, telles le Prix Innovation technologique de l’Association des Diplômés de Polytechnique en 2013 et le Prix Coup de Cœur de la Fondation de Polytechnique en 2018. En 2016, il a consenti un don de 500 000 $ pour l’expansion de l’atelier de prototypage en libre-service PolyFab ainsi que le financement des Bourses de la famille Normand Brais pour les étudiants-entrepreneurs de Polytechnique.

« Je souhaite encourager l’entrepreneuriat. Je sais à quel point il est difficile de passer de 0 à 1 en affaires, de franchir cette frontière floue où tout est une question de confiance et de détermination et surtout d’affronter cette fameuse phobie de l’échec. Alors, donner au suivant est une notion qui me tient à cœur. »

 

 

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