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Pour une meilleure considération de la recherche libre

Par Gilles Savard, Directeur de la recherche, de l’innovation et des affaires internationales
15 mai 2016 - Source : Magazine Poly  | VersionPDFdisponible (Printemps 2016)

Il est fréquent que je m’exprime sur les enjeux et les bénéfices liés aux partenariats de recherche avec l’industrie. aussi importants que soient ces partenariats pour polytechnique, il me semble toutefois nécessaire de rappeler que la recherche libre, souvent davantage fondamentale, demeure l’assise de nos activités de recherche. et nous avons la ferme volonté de la maintenir, même si actuellement, le financement de la recherche se matérialise plus aisément dans le cadre de collaborations industrielles et de programmes gouvernementaux associés menant à des recherches ciblées.

Force est de constater que l’orientation des organismes publics en matière de financement de la recherche, axée sur l’innovation depuis une dizaine d’années, s’opère au détriment de la recherche libre. Ainsi, le financement disponible par l’intermédiaire du CRSNG, pour les programmes où la participation des entreprises est non requise, a diminué de 9,6 % entre 2007 et 2014 *. En conséquence, dans les universités, les activités de recherche industrielle ou ciblée ont crû plus rapidement que celles de recherche libre. À Polytechnique, la courbe a été inversée au début des années 2000, avec une augmentation de plus de 100 % des activités menées avec l’industrie. La répartition de nos activités scientifiques entre les deux types de recherche atteint aujourd’hui 50 %. Nous pensons que c’est un équilibre satisfaisant, mais fragile, compte tenu du contexte de financement. Nous concevons que la recherche universitaire soit soumise à des contraintes temporelles et budgétaires. Pour maximiser des ressources, nous avons du reste intensifié nos collaborations universitaires à l’échelle locale et internationale.

Si le bien-fondé d’encourager l’innovation et le transfert industriel de la recherche nous paraît incontestable, nous rappelons que cela ne doit pas s’opérer au détriment de la recherche libre. Celle-ci, par sa nature exploratoire, est génératrice de nouvelles idées, voire de nouveaux paradigmes scientifiques. Elle stimule la créativité des chercheurs en leur offrant de nouveaux territoires. Son parcours non linéaire, sa durée de réalisation et l’imprévisibilité de ses résultats en font une recherche à longue portée. Nombre de technologies d’aujourd’hui sont les fruits de recherches fondamentales et libres réalisées il y a parfois plusieurs décennies.

La recherche fondamentale libre a besoin d’un financement public pérenne pour se développer parallèlement à la recherche ciblant des besoins industriels à plus court terme. On perçoit quelques signaux encourageants émis par le gouvernement fédéral en ce sens; souhaitons qu’ils soient annonciateurs d’un meilleur équilibre dans la distribution des fonds et d’une vision à long terme du développement scientifique. À cet égard, de grands programmes comme Apogée représentent une voie avantageuse vers cet équilibre, en favorisant le financement de projets collaboratifs alliant recherche fondamentale de très haut niveau et retombées directes pour la société et l’industrie.

L’innovation a besoin de la recherche fondamentale. De nombreux travaux illustrent ce fait à Polytechnique. Par exemple, ce sont les travaux fondamentaux en optique et en photonique que le Pr Raman Kashyap a menés dans nos laboratoires qui lui ont permis de concevoir des senseurs transparents directement intégrés dans le verre des écrans de téléphone intelligent.

Enfin, rappelons que la vitalité de la recherche libre et de la recherche ciblée ainsi que les liens qui se créent naturellement entre les deux répondent aux aspirations et besoins différents des étudiants quant à leur carrière scientifique. À ces derniers aussi, il faut pouvoir offrir un équilibre.

* source : rapports ministériels sur le rendement du CRSNG

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