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Le génie fait son cirque

La relève en vedette

Par Catherine Florès
18 février 2018 - Source : Magazine Poly  | VersionPDFdisponible (Hiver 2018)
18 février 2018 - Source : Magazine Poly
VersionPDFdisponible (Hiver 2018)
Marion Cossin

Les ingénieurs se mêlent de tout, décidément ! Et depuis peu, même d’un art aussi ancien que l’acrobatie. Que les artistes de cirque se rassurent : ce n’est pas pour concevoir leurs spectacles à leur place, mais pour réduire les risques de blessures. C’est ici qu’entre en piste Marion Cossin, qui consacre sa thèse de doctorat en génie biomédical aux impacts des équipements de cirque sur le corps des acrobates.

« Jusqu’à maintenant, le développement des équipements utilisés pour les numéros d’acrobatie était uniquement de la responsabilité des artistes. Mais aujourd’hui, la préoccupation à l’égard des aspects de sécurité se répand dans le milieu des arts de la scène, où l’on commence à voir l’intérêt d’éprouver ces équipements par des méthodes scientifiques », explique l’étudiante, qui travaille sous la direction conjointe de la Pre Annie Ross, du Département de génie mécanique de Polytechnique, et du Pr François Prince, du Département de chirurgie de l’Université de Montréal, ainsi qu’ en collaboration avec la Chaire de recherche industrielle dans les collèges du Conseil de recherche en sciences humaines en arts du cirque.

À l’aide de capteurs fixés sur le corps des athlètes et de caméras infrarouges, Marion Cossin évalue les forces qui s’exercent sur le corps et les chocs subis par celui-ci au cours des numéros d’acrobatie impliquant des équipements tels que des planches, cordes, cerceaux, sangles, trapèzes et tissus aériens.
 
« Le corps des artistes de cirque est soumis à rude épreuve, avec parfois plus de 1 000 livres de pression à certains endroits. Avec les données recueillies, nous développons un outil de mesure qui permet de mieux évaluer les risques de blessure pour tel ou tel type de mouvement afin d’ajuster l’entraînement. Il vise aussi à aider à la conception d’équipements plus sûrs », rapporte la doctorante qui n’a pas hésité à essayer elle-même certains équipements pour mieux comprendre ce que vivent les artistes de cirque.

« Cela peut être difficile pour un ingénieur de comprendre l’esprit artistique des gens du cirque, qui recherchent avant tout un effet esthétique dans les numéros qu’ils mettent au point. Par ailleurs, ils peuvent se montrer sourcilleux à l’idée que des ingénieurs viennent empiéter sur leur territoire. L’ingénieur doit se montrer à l’écoute et ne doit pas penser qu’il peut imposer sa vision parce qu’il a la science de son côté », témoigne Marion qui, en tant que double championne de France de danse acrobatique, a déjà développé une certaine sensibilité au langage des arts du spectacle.

Très sollicitée par différentes troupes et écoles de cirque depuis la publication d’un de ses articles scientifiques, elle affirme sa fierté de développer une expertise encore assez unique qui réunit le génie et les arts circassiens, et de contribuer à améliorer la sécurité des artistes.

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