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Christophe Guy achève sa mission à la tête de Polytechnique

Un bilan

Par Catherine Florès
4 mai 2017 - Source : Magazine Poly  | VersionPDFdisponible (Printemps 2017)

Le Pr Christophe Guy, ing., Ph. D., FACG, C.M., O.Q., terminera prochainement son mandat de directeur général de polytechnique Montréal. À l’heure de tourner la page sur dix années consacrées à hisser polytechnique au rang des écoles de génie les plus réputées au Canada, il se livre sereinement, bien qu’avec émotion, à l’exercice du bilan.

Polytechnique de plus en plus attractive

Nombre d'étudiants inscrits au baccalauréat à Polytechnique Montréal

L’un des premiers objectifs de M. Guy était de développer l’attractivité des programmes de Polytechnique, au Québec comme à l’extérieur. Les efforts menés en ce sens par ses équipes ont été récompensés par l’accroissement significatif des effectifs étudiants. Entre 2006 et 2016, le nombre d’étudiants inscrits au baccalauréat est passé de 3 101 à 4 884 pour le trimestre d’automne, soit une augmentation d’environ 57 %. Polytechnique enregistre également une hausse du nombre d’étudiants au baccalauréat qui viennent de l’étranger. Leur proportion a crû de 14,6 % en 2006 à 19,3 % en 2016.

M. Guy se réjouit de la contribution notoire de Polytechnique à l’ouverture de la profession d’ingénieur aux femmes durant cette période, où la proportion d’étudiantes au premier cycle a connu une hausse, passant de 19,9 % à 26,5 %. « Un tel taux dans une école de génie se démarque au Québec. Nous en sommes plutôt fiers, dans le contexte où Ingénieurs Canada vise 30 % de femmes parmi les nouveaux ingénieurs en 2030. Je crois aussi que cette ouverture aux femmes permet de changer l’image traditionnelle de l’ingénieur au Québec. » Lorsqu’il est devenu directeur général, l’une de ses préoccupations était de voir augmenter le nombre d’étudiants au doctorat, qui plafonnait à environ 450. Aujourd’hui, ils sont quelque 700, dont plus de la moitié en provenance de l’international.

M. Guy souligne que c’est avant tout la réputation des professeurs de Polytechnique, qui dépasse largement les frontières canadiennes, qui permet à l’établissement d’attirer les meilleurs étudiants du monde entier. Le maintien et le soutien de la qualité du corps professoral de Polytechnique se sont traduits, entre autres, par l’embauche de nouveaux professeurs afin d’accompagner l’augmentation des effectifs étudiants, ainsi que par le développement des services du Bureau d’appui pédagogique. « Après la refonte de ses programmes de baccalauréat réalisée sous mon prédécesseur, Polytechnique a continué d’affirmer son caractère innovateur en enseignement. Par exemple, des initiatives de développement de pédagogies actives et innovantes ont été mises en place, et cela, à tous les cycles. Sans oublier le lancement de nos premiers MOOC sur la plateforme Edulib, ou encore la création récente de deux chaires en enseignement et en apprentissage du génie. »

L’entrepreneuriat technologique a fait son entrée par la grande porte

En matière de formation, un autre changement marquant s’est opéré sous la direction de Christophe Guy : une large ouverture à l’entrepreneuriat technologique étudiant. « Il est manifeste que l’envie d’entreprendre gagne de plus en plus d’étudiants. La collaboration des équipes de la recherche et de la formation, ainsi que l’appui de nos partenaires et de nos diplômés ont permis le développement et la mise en oeuvre d’une stratégie entrepreneuriale qui commence à porter de beaux fruits. La création du poste de conseillère à l’entrepreneuriat soutient cette nouvelle dynamique. »

La stratégie a donné lieu à la renaissance du centre de services pour l’entrepreneuriat étudiant sur le campus, aujourd’hui dénommé Centre d’entrepreneuriat Poly-UdeM, qui soutient chaque année le développement de plusieurs projets d’entreprises technologiques créées par des étudiants de tous les cycles. Parmi ses programmes, le Centre en propose un visant spécifiquement les étudiants de fin de baccalauréat et des cycles supérieurs : le profil Technopreneur. « C’est un programme initialement inspiré d’une initiative de l’Université de l’Utah. Il prépare et accompagne les étudiants du campus dans la planification de la commercialisation d’une technologie issue de la recherche universitaire. Il encourage ainsi le développement d’un vivier de chercheurs-entrepreneurs sur notre campus », précise M. Guy, partisan de longue date des transferts technologiques.Lui-même a contribué à la création et à l’essor d’entreprises technologiques issues de la recherche.

De nouvelles initiatives étudiantes telles que le Club d’entrepreneuriat Poly-E participent à cette effervescence. L’enracinement d’une culture entrepreneuriale à Polytechnique bénéficie en outre d’une contribution importante : le PolyFab Normand-Brais. Inauguré l’an dernier, il fournit à tous les étudiants les services et les équipements nécessaires pour leur permettre de fabriquer leurs prototypes.

En matière d’entrepreneuriat, M. Guy pense que les professeurs eux-mêmes sont inspirants. « Ici, être professeur, c’est comme diriger une PME ! Il faut obtenir des fonds, gérer les demandes de subventions, développer des liens avec le secteur industriel… et on est évalué aux résultats. »

Des succès majeurs en recherche

Chercheur lui-même et précédemment directeur de la recherche et de l’innovation, Christophe Guy n’a jamais caché ses ambitions scientifiques pour Polytechnique : amener l’établissement à être considéré comme un chef de file canadien en matière de recherche et d’innovation dans le domaine du génie et faire reconnaître internationalement l’impact majeur de celui-ci sur la société. « Aujourd’hui, les universités forment des talents pour la planète, nous devons faire de la recherche pour la planète ! »

Cette vision est unanimement partagée par les équipes de Polytechnique, notamment celles relevant aujourd’hui de la Direction de la recherche, de l’innovation et des affaires internationales (DRIAI). « Je leur suis extrêmement reconnaissant pour leur soutien, grâce auquel Polytechnique a fait des gains considérables », fait valoir M. Guy.

Sous sa direction, le budget de la recherche est passé en 10 ans de 43,2 à 66,3 millions de dollars par an, en excluant les infrastructures. Les subventions de recherche et les partenariats ont connu une hausse de 50 % et de 85 % respectivement. Aujourd’hui, 31 % du financement de la recherche menée à Polytechnique provient de partenaires industriels. « Au Québec, Polytechnique se démarque depuis longtemps par ses partenariats avec l’industrie, mais nous avons implanté un modèle de partenariat bien plus stratégique, donnant lieu à des projets à fort impact, largement multidisciplinaires et rassemblant plusieurs organisations qui ne sont pas en concurrence entre elles. Qu’il s’agisse de Huawei, de Safran, de Pratt & Whitney, d’Hydro-Québec, entre autres, nous développons des innovations avec des leaders mondiaux dans leurs domaines. La contribution significative de nos partenariats à l’écosystème mondial de R et D nous permet aussi de faire connaître nos partenaires industriels locaux auprès de ces grands joueurs mondiaux. »

Le succès est au rendez-vous : en 10 ans, le nombre de chaires est passé de 36 à 46, avec aujourd’hui 25 Chaires de recherche du Canada dans les domaines les plus porteurs pour l’avenir de la société : biomédical, énergie, transports, télécommunications, nouveaux matériaux, etc. Polytechnique a notamment obtenu, il y a deux ans, une Chaire d’excellence en recherche du Canada – la première sur le campus – sur la science des données pour la prise de décision en temps réel, pour laquelle elle a recruté en Italie un expert de renommée mondiale, le Pr Andrea Lodi.

Le dernier chapitre du mandat de M. Guy se clôt avec le lancement de deux grands projets stratégiques créés sur le campus, dont Polytechnique est partie prenante : l’Institut TransMedTech et l’Institut de valorisation des données (IVADO). Le premier dans le domaine des technologies médicales de demain, l’autre dans celui des données et de l’optimisation, sont tous deux soutenus par le Fonds d’excellence en recherche Apogée Canada et ses partenaires. « Ces deux écosystèmes technologiques représentent notre vision de la collaboration entre des équipes scientifiques et des partenariats structurants, entre des industries, des établissements, des gouvernements et des patients, dans le cas de TransMedTech. Ils seront à la fois créateurs de connaissances, d’innovations et d’entreprises, sans compter qu’ils contribueront à attirer et à retenir de grands talents à Montréal, et à y générer des investissements. »

Rayonnement accru dans le monde

Ce Français d’origine incarne bien la vocation internationale de Polytechnique et il s’est considérablement impliqué durant son mandat pour augmenter la notoriété de Polytechnique à l’international. « Je souhaitais que Polytechnique cesse d’être le secret bien gardé du Québec ! »

Il a notamment été très présent auprès des représentants du gouvernement fédéral, ainsi que dans les réseaux universitaires canadiens et étrangers. C’est d’ailleurs pour sa contribution au rayonnement et à l’excellence universitaire qu’il a dernièrement été fait Chevalier de l’ordre des Palmes académiques par la France. Sous sa direction, Polytechnique a intensifié son influence au sein de la Francophonie, notamment en tant que membre du Réseau d’excellence des sciences de l’ingénieur de la francophonie (RESCIF) visant à réduire la fracture scientifique Nord-Sud.

En Europe, où elle était déjà bien présente grâce à ses liens de recherche, Polytechnique a réussi à augmenter le nombre d’étudiants réalisant un double diplôme et à envoyer davantage d’étudiants en échange. Elle développe actuellement de nouvelles ententes de doubles diplômes avec des établissements européens, moins pénalisantes sur le plan de la durée des études.

Un nouveau souffle pour Polytechnique

La grande campagne Campus Montréal qui vient de se terminer donne un nouveau souffle à Polytechnique, estimet-il. Lui-même a veillé à faire progresser le projet commun avec l’Université de Montréal qui vise à implanter de nouveaux pavillons sur le site Outremont et à fournir à Polytechnique, sur le nouveau site ou sur l’actuel campus, les espaces supplémentaires dont elle a besoin. « Nous sommes à l’étroit dans nos locaux actuels. Nous avons également besoin de nouveaux laboratoires de haute technicité et nos anciens pavillons seraient trop coûteux à mettre à niveau. » Certes, c’est un exercice de patience, mais M. Guy est confiant : « Le projet chemine au sein de l’appareil public. Je pense que dans un an, le gouvernement s’engagera dans la réalisation du projet. Ce sera assurément un des grands dossiers de la personne qui me succèdera ! »

À titre de gestionnaire, Christophe Guy était soucieux de rétablir la santé financière de Polytechnique, car lorsqu’il est arrivé à la Direction générale, l’École était en déficit. Deux ans plus tard, Polytechnique a retrouvé un budget équilibré et s’y maintient depuis, malgré la pression exercée par les coupes imposées par le gouvernement pendant plusieurs années. « Notre attitude de "bon élève" nous donne aujourd’hui plus de latitude pour lancer des initiatives et obtenir du soutien gouvernemental. »

Il salue aussi l’agilité organisationnelle de Polytechnique, qui la rend capable de réagir rapidement devant les défis. Il ajoute que la motivation des employés et le bon climat de travail régnant au sein de Polytechnique fondent une base solide pour bâtir les projets d’avenir. Un sentiment que vient confirmer le classement, cette année, de Polytechnique parmi les meilleurs employeurs montréalais, selon la firme Mediacorp Canada Inc.

Reconnaissance et fierté « En plus d’être mon alma mater, Polytechnique m’a donné la chance de me réaliser professionnellement et personnellement, comme professeur-chercheur et comme gestionnaire. Je me suis senti profondément honoré de la diriger et de la voir participer au développement intellectuel des étudiants, ainsi qu’au développement technologique et économique du Québec et du Canada », confie Christophe Guy.

Il attribue avant tout le mérite des avancées réalisées durant son mandat à l’engagement et au leadership de toutes les équipes de Polytechnique. « Faire grandir une université ne se conçoit que collectivement et je suis très reconnaissant du soutien que les professeurs et les employés m’ont offert durant ces dix dernières années, ainsi que de la confiance que le Conseil d’administration m’a témoignée. »

Son travail de professeur et de chercheur lui a-t-il manqué pendant toutes ces années ? « Sans doute, mais j’ai pu conserver quelques activités, dont la codirection d’étudiants au doctorat avec le Pr Jamal Chaouki. Je lui en suis d’ailleurs reconnaissant. Échanger avec un doctorant, je trouve que c’est aussi bénéfique pour la santé et l’esprit qu’une heure de sport !»

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